Cancer du poumon : quand le ciel vous tombe sur la tête !

Dures, ces nuits !

Je me sentais mieux. J’en ai peut-être trop fait. Je me suis senti plus mal !

En début de semaine, j’avais eu besoin de passer la presque tota­lité de mes jour­nées allongé, suite à cette baisse de tension, dormant ou somno­lant. Il m’était impos­sible de me concen­trer sur quoi que ce soit, pas plus mon écran que mon bouquin. Je fermais donc presque complè­te­ment les volets de la chambre et je lais­sais passer le temps...

Depuis le dernier épisode, l’ins­ta­bi­lité et la fati­ga­bi­lité muscu­laire ayant dimi­nué après ce repos quasi inté­gral, je me suis un peu plus activé (oh, léger, léger, quand même) et surtout, jeudi et vendredi j’ai passé plus de temps dans le jardin, faisant le plein de pollens, arra­chant quelques mauvaises herbes, mais pas trop... et remuant mon compost, puis le lende­main essayant d’en trou­ver du bien mûr au fond du bac (pas facile d’al­ler si loin). Ensuite, il a fallu le trier pour éviter d’y lais­ser des vers, qui mour­raient hors du compos­teur. J’en ai récu­péré quelques-uns que j’ai pu remettre dans leur milieu. Bien que ça n’ait pas été un travail de force, j’étais cuit après avoir fini de l’épandre au pied de l’au­ber­gine et des tomates. J’ai donc ensuite traîné long­temps sur la terrasse à profi­ter de la tempé­ra­ture agréable, de la lavande déjà fleu­rie, des serin­gats lourds de leurs fleurs imma­cu­lées et autres rosiers et campa­nules, et des chants des merles et fauvettes.

Lorsque j’ai été sous corti­sone au moment de la cure de chimio­thé­ra­pie, ma rhinite avait presque disparu. Peu à peu elle est réap­pa­rue, et j’ai eu la malen­con­treuse idée de me dire que la compo­sante aller­gique était plus impor­tante que la compo­sante vaso­mo­trice et d’uti­li­ser en consé­quence un spray nasal anti­al­ler­gique. Rapi­de­ment, des saigne­ments de nez sont appa­rus. J’ai stoppé ce spray, ce qui s’est rapi­de­ment traduit par l’ap­pa­ri­tion d’une conges­tion nasale, toujours accom­pa­gnée de légers saigne­ments lorsque je me mouchais. Piégé : impos­sible d’uti­li­ser quoi que ce soit (les vaso­cons­tric­teurs me sont a priori inter­dits), il me faut subir en atten­dant de, peut-être, chan­ger d’an­tial­ler­gique per os ! Avec mon trai­te­ment anti­coa­gu­lant, un véri­table épis­taxis signi­fie­rait direc­tion immé­diate les urgences, à au moins une demi-heure d’ici !!!

Le problème est que ces épisodes de conges­tion nasale m’obligent à respi­rer par la bouche, et avec son état d’ir­ri­ta­tion actuelle liée à la chimio­thé­ra­pie, elle se dessèche très vite. C’est déjà désa­gréable de jour, mais c’est pire de nuit où les réveils se multi­plient, n’ai­dant pas à la récu­pé­ra­tion.

Si j’ar­rive assez bien à manger, sauf le pain, dont la croute m’est deve­nue très désa­gréable à la langue, ou certains aliments dont l’odeur me gêne, j’ai beau­coup de mal à boire ! J’ai eu beau chan­ger de marque d’eau miné­rale, lui ajou­ter un peu de jus de citron, elle a du mal à passer. Seuls le Coca et le Finley citron-sureau passent, en me forçant un peu quand même.

Depuis vendredi matin, j’ai repris à demi-dose mon bêta-bloquant. Je revien­drai proba­ble­ment à pleine dose demain et ajus­te­rai si ma tension baisse trop, de nouveau. Vendredi, il faudra que je fasse une prise de sang. Mes reins et globules auront-ils suffi­sam­ment supporté le choc pour qu’on puisse faire la prochaine séance dans huit jours ?

Cette première cure de chimio­thé­ra­pie n’a pas eu d’ef­fet sur mon problème de cordes vocales, hélas.

Ce matin, nous avions rendez-vous chez l’oph­tal­mo­logue. Enfin ! après huit mois d’at­tente... J’ai laissé mon épouse conduire ; j’au­rais presque pu m’en­dor­mir dans la salle d’at­tente puis au retour quand nous nous sommes arrê­tés au super­mar­ché, quand j’ai attendu dans la voiture que mon épouse fasse les quelques achats prévus, avant de rentrer. L’ap­pé­tit était là, à l’ar­ri­vée, mais la sieste a été trop courte, et je somnole encore...  Je crois que je vais bien­tôt retour­ner m’al­lon­ger un moment.

Ah, j’en avais oublié de dire que selon l’oph­talmo, les troubles visuels dont j’avais parlé il y a quelques mois seraient d’ori­gine vascu­laire (je n’en ai plus eu depuis, il me semble), mais sans préci­ser si c’était oculaire ou céré­bral (plus proba­ble­ment). Il a confirmé un début de cata­racte droite, et un peu à gauche aussi, et a augmenté ma correc­tion. Restera main­te­nant à trou­ver quand aller chez l’op­ti­cien, avec cette chimio en cours et le peu d’en­vie que j’ai de sortir de chez moi.

Je me fais violence !

Oui, je dois le dire : je me fais violence pour vous racon­ter encore mes tribu­la­tions au pays de la chimio !

Hier, je me suis levé avec une impres­sion de mieux-être, de moins de fatigue, mais en même temps d’ins­ta­bi­lité à la marche ou à la station debout. Obligé par exemple de prévoir de me rete­nir au mur pour pisser... les genoux qui flanchent, le pied qui ne se lève pas suffi­sam­ment et la tongue qui frotte un bord de carreau et me déséqui­libre. Pas de véri­table vertige, parfois un peu d’étour­dis­se­ment.

C’est vrai­ment spécial ce mélange de "je me sens mieux" et de "je manque de force" ou "je suis soûl". Depuis hier matin, je n’ar­rive en effet pas à rester long­temps hors de mon lit. J’ai besoin de piquer des roupillons fréquents ou au moins de rester allongé dans la pénombre. Du coup, j’ai tendance à oublier de boire, d’au­tant que je trouve un goût inha­bi­tuel à l’eau que je bois depuis des années.

Pour ce qui est des repas, le petit-déjeu­ner passe, seul le jus d’orange me paraît avoir une texture peu agréable. À midi, peu de choses : un peu de pois­son purée ou de mini-steak pâtes passe. Je n’ar­rive pas à appré­cier les fraises du jardin. Des cerises plus sucrées passent mieux.

La sensa­tion de mauvaise bouche a bien dimi­nué, mais il reste un manque de salive, une gêne au niveau de la gorge. Ma voix est toujours très alté­rée, défi­ni­ti­ve­ment ? Ce serait bien gênant ! J’ai toujours ces douleurs coliques, peu intenses mais traî­nantes. Les pico­te­ments au niveau des doigts, plus rare­ment des orteils ou les lèvres, sont bien présents. J’ai quelques plaques d’ir­ri­ta­tion au niveau des poignets, plaques qui démangent ; idem sur le dos du pied gauche, une qui m’a de plus réveillé cette nuit vers 2 heures, au point que j’ai failli me lever pour aller me tarti­ner de crème... Mais rien ne dit que ces irri­ta­tions sont liées au trai­te­ment. Peut-être une aller­gie de contact à autre chose.

Mon nez qui ne coulait plus guère après les prises de corti­sone a recom­mencé, un peu moins grâce à un spray anti-aller­gique. Mes troubles visuels, surtout à type de diffi­cul­tés à lire, avec cette sensa­tion bizarre de l’œil droit et parfois une impres­sion d’avoir du mal à conver­ger pour bien voir en relief, me semblent plus nets. Lorsque l’écri­ture n’est pas assez contras­tée, je craque vite !

Mes diffi­cul­tés de concen­tra­tion (qui me perturbent d’ailleurs bien en ce moment) font que, en plus des diffi­cul­tés visuelles pures, je n’ar­rive pas à lire, sauf peu de pages le soir avant de dormir... Tous les projets dont je pensais pouvoir profi­ter de cette période pour en avan­cer certains sont donc en pause. Lectures sur la région et le protes­tan­tisme qu’il me faudrait faire en vue de complé­ter mon dernier site, tri des photos déjà numé­ri­sées pour en faire des albums...

Ce matin, devant cette insta­bi­lité dont je lui ai parlé, l’in­fir­mier (qui m’injecte un produit pour faire remon­ter les globules blancs) a pris ma tension pour véri­fier que ce n’est pas de l’hy­po­ten­sion ortho­sta­tique, et m’a trouvé 8.5 assis, 9 debout, alors que j’avais 14/8 en fin de chimio, il y a cinq jours. J’ai donc stoppé ce matin le trai­te­ment hypo­ten­seur. Un peu plus tard, allongé et avec mon propre appa­reil, j’étais à 11.5/5.5 mais je n’ai pas refait de contrôle depuis, j’en ferai un demain matin pour voir si je dois reprendre partiel­le­ment ce trai­te­ment ou pas encore.

Mis à part ça, tout va bien !

Le lendemain...

Le lende­main de la première cure, pas celui de mon dernier commen­taire !

Commençons par le jour-même. Le taxi devait venir me cher­cher vers 8h15, il est arrivé à 8 heures, car il fallait prendre au passage un monsieur à amener au centre Marie-Curie où nous sommes arri­vés vers 9h10, puis direc­tion la clinique où nous sommes arri­vés à 9h20. Démarches admi­nis­tra­tives, accès au service de chimio­thé­ra­pie qui n’est plus à l’étage où je l’ai connu il y a deux ans, mais au rez-de chaus­sée. Si j’ai bien compris, le service dispose de chambres indi­vi­duelles, avec lit pour les patients ne pouvant ou voulant pas suppor­ter plusieurs heures au fauteuil, et d’autres compor­tant plusieurs fauteuils de type relaxa­tion, ce que j’ai choisi et où nous étions quatre.

J’ai été accueilli par une infir­mière qui m’avait connu lorsque j’avais été hospi­ta­lisé au service de méde­cine, joux­tant la chimio, il y a deux ans. Elle m’a donc installé dans une salle où se trou­vaient déjà deux dames ainsi qu’un monsieur accom­pa­gné de son épouse, tous trois déjà en cours de perfu­sion. Quelques instants d’at­tente et l’in­fir­mière vient me cher­cher pour me poser la perfu­sion : surprise ! je n’ai pas de Pic-line ni de Port-a-cath ! Il faut donc me trou­ver une veine qui supporte les heures de perfu­sion à venir. Elle me met le garrot au bras gauche, attend un peu, ne trouve rien qui l’ins­pire. Rées­saie avec le garrot plus bas, sous le coude : pas plus de succès. Elle préfère donc faire appel à une de ses collègues, plus habile, paraît-il. Celle-ci, peut-être après que je la lui aie signa­lée, s’in­té­resse à la veine un peu plus visible située au niveau du poignet, au-dessus du pouce, et arrive à placer le petit cathé­ter. Tout va bien, sauf que les mouve­ments du poignet provoquent une petite douleur proba­ble­ment en lien avec le bout du cathé­ter forçant sur la paroi de la veine. Il me faut donc être très atten­tif, faire écla­ter la veine serait une mauvaise chose...

Revenu dans la salle de trai­te­ment, ma perfu­sion de deux poches de prémé­di­ca­tion dont j’ignore en quoi elle consiste a été mise en place. Ayant dû enle­ver ma montre pour lais­ser la veine acces­sible, je n’ai pas véri­fié le temps de cette perfu­sion. Puis le premier produit anti­can­cé­reux (anti­mi­to­tique, dit-on) a été démarré, prévu pour passer en trois heures. De la musique était diffu­sée en continu dans le couloir, une socio-esthé­ti­cienne de la Ligue contre le Cancer massait les mains et avant-bras de ma voisine de gauche, une visi­teuse de la même Ligue discu­tait avec le monsieur. L’une et l’autre sont ensuite venue échan­ger un peu avec moi. Ma voix cassée n’en­ga­geait pas trop au dialogue ! J’avais emporté télé­phone portable et tablette pour écou­ter de la musique, voire lire sur la tablette, un roman et des mots-croi­sés. Je n’ai fina­le­ment fait que des mots-croi­sés, avec une certaine diffi­culté. Y avait-il déjà un effet de fatigue due aux produits ou un séda­tif léger dans la prémé­di­ca­tion ?

Vers midi, le repas a été servi, au monsieur et à une nouvelle malade arri­vée entre­temps, pas à moi qui avais été oublié. J’ai dû me conten­ter de biscuits que j’avais empor­tés.

Le second produit est passé plus vite, mais il a fallu à l’in­fir­mière malaxer les flacons en fin de passage, car ça trai­nait. Fina­le­ment, j’ai été libéré vers 15h15 et la chauf­feure (dit-on ainsi ?) de taxi est arri­vée quelques minutes plus tard. Nous sommes arri­vés un peu plus d’une heure plus tard à la maison. Près de huit heures trente en tout !!!

Le soir, j’ai mangé assez léger, j’ai ensuite failli m’en­dor­mir devant la télé, aban­don­nant à la fin du premier épisode du feuille­ton, pour aller soula­ger une bonne diar­rhée et me coucher ensuite. Je n’ai pas lu bien long­temps, et lorsque mon épouse est venue se coucher, je lui ai fait signe quand elle a passé la porte, mais pas enten­due se mettre au lit, j’avais replongé !

Ce matin, sensa­tion de fatigue, légères douleurs abdo­mi­nales qui se sont ensuite ampli­fiées sans nouvelle diar­rhée, juste des gaz désa­gréables ; un peu vaseux, l’im­pres­sion d’être fiévreux sans l’être vrai­ment. Le petit-déjeu­ner et le repas de midi sont bien passés, mais avec une sensa­tion pénible à la limite de la nausée, quelques rots aussi. J’ai dormi près d’une heure à la sieste, puis ai traîné, comme souvent, pendant un bon moment avant de me déci­der à me lever ! Ce soir, je ne sais si je tien­drai le coup devant la télé. Peut-être vais-je devoir encore abré­ger et aller me coucher tôt...

Demain, une infir­mière vien­dra me faire la première injec­tion d’un produit destiné à s’op­po­ser à la chute des globules blancs. Il faudra éviter l’hé­ma­tome qui est à craindre à cause de l’an­ti­coa­gu­lant.

Si les choses n’em­pirent pas, je me senti­rai heureux !

Faut qu'j'la supporte !

J’ai l’im­pres­sion d’uti­li­ser la méthode Coué ! Mais même si je me mets bien en tête qu’il faut que j’ar­rive à suppor­ter cette chimio, que c’est le seul moyen pour espé­rer une rémis­sion, en conjonc­tion avec la radio­thé­ra­pie à venir, ce sont surtout mes reins, ma moelle osseuse et mon colon qui déci­de­ront.

Oui, j’ai trop les souve­nirs de ces semaines il y a deux ans où j’avais accu­mulé les désa­gré­ments : throm­bose sur le Pic-line, fatigue, septi­cé­mie, colite +++, totale inap­pé­tence m’ayant cloué au lit, à la maison puis en clinique, avant que peu à peu, les effets néfastes s’at­té­nuant, j’ar­rive à recom­men­cer à manger et à reprendre des forces.

Deux ans plus tard, il me reste cette fatigue et fati­ga­bi­lité, ce manque de forces, ces légers étour­dis­se­ments dont je crains toujours qu’ils se concluent par une chute, cette impos­si­bi­lité de mener une vie normale, et cette obli­ga­tion de délé­guer trop de choses, moi qui suis depuis toujours habi­tué à tout gérer moi-même.

En ce moment, j’au­rais tant de choses à faire dans le jardin, mais le temps ne m’en a pas laissé le temps ! Comment trai­ter contre les puce­rons ou la pyrale du buis, contre la cloque des pruniers, lorsque pluies et orages sont jour­na­liers ? En ce moment, le tonnerre roule d’un sommet à l’autre...

Histoire de m’oc­cu­per l’es­prit, l’éva­cua­tion de l’évier s’est rebou­chée hier. Il y a quelques temps, ça s’était déjà produit, mais le remplis­sage d’un des deux bacs avec un arro­soir avait suffi à régler le problème en jouant sur la pres­sion. Oh non, ça ne pouvait pas être simple­ment le siphon comme on le voit dans les spots publi­ci­taires, mais carré­ment le tuyau, au niveau d’un coude proba­ble­ment. Dans un premier temps, après un premier essai inef­fi­cace avec du débou­cheur liquide, il m’a fallu m’as­seoir par terre pour pouvoir utili­ser la tringle souple de débou­chage qui a buté sur le coude ou le bouchon, puis est passée, glis­sant dans sa quasi tota­lité sans point dur. Après un ramo­nage, on pouvait espé­rer la réso­lu­tion du problème. Deux arro­soirs pour faire de la pres­sion. Zut ! Le bouchon n’a fait que se dépla­cer : après l’es­poir car l’eau descen­dait de manière normale, elle s’est mise à ne se vider qu’ex­trê­me­ment lente­ment.
Ce matin, nouvel essai. La tringle bute de nouveau très vite, impos­sible de passer ce qui est proba­ble­ment un coude. J’es­saie d’uti­li­ser le côté souf­fleur de l’as­pi­ra­teur de garage : rien ne semble bloquer, l’as­pi­ra­teur ne souffre pas, mais à peine le siphon remis en place, nous en sommes au même point : bouché. Nous sommes lundi, les seuls maga­sins ouverts, où je pour­rai trou­ver du débou­cheur liquide, sont à 30 kilo­mètres . Pas d’autre solu­tion, il faut que j’y aille, sous la pluie au retour.

Après 3 litres de produit et plus de trois heures d’at­tente, il semble enfin que ce tuyau se soit débou­ché. Espé­rons que c’est vrai­ment le cas et que je n’au­rai pas besoin dans quelques jours de m’as­seoir de nouveau par terre (vous ne m’avez pas vu batailler pour m’en rele­ver !!!) pour tenter une nouvelle opéra­tion de débou­chage. Il faudra appe­ler le plom­bier !

Mais télé­pho­ner, avec ma voix cassée, c’est la galère ! En fin de semaine dernière, j’ai appelé le cabi­net infir­mier pour prévoir les piqûres sous-cuta­nées à faire après la séance de chimio. L’in­fir­mière a mis un moment à me comprendre et à m’iden­ti­fier ! Et ce matin, il a fallu que je rappelle pour préve­nir que ce n’était pas mercredi, mais jeudi que la première injec­tion devait être faite. Là encore, il a fallu du temps avant qu’elle me comprenne.

Bref, cette atteinte de la voix, qui n’a d’abord été qu’é­pi­so­dique, est deve­nue presque perma­nente, compliquant mes rela­tions. Il est dommage que le cancé­ro­logue ne se soit pas arrêté dessus, se conten­tant de dire que le nerf récur­rent était en cause : simple inflam­ma­tion de proxi­mité pouvant régres­ser, ou pris dans la réci­dive qui pour­tant ne paraît pas si proche ? Qu’il est dur d’être méde­cin et de ne pas être pris en charge comme n’im­porte quel malade lambda ! Les confrères semblent consi­dé­rer qu’on sait tout, comme eux savent !

Il me semblait avoir déjà évoqué ici l’idée de consul­ter la psycho­logue spécia­li­sée en onco­lo­gie qui était venue me voir vers la fin de mon séjour en clinique il y a deux ans, en juin. Je l’avais trou­vée très à l’écoute, beau­coup plus que celle venue voir quelques instants plus tôt mon compa­gnon de chambre. Je ne sais pas si ce qui prime­rait dans ce que j’au­rais à lui racon­ter, c’est la peur de l’ave­nir ou cette sensa­tion très désa­gréable qu’on n’est pas, avec le cancé­ro­logue comme avec le méde­cin géné­ra­liste, dans le cadre d’une rela­tion humaine, méde­cin-malade, mais dans le trai­te­ment d’une mala­die, le malade n’exis­tant pas. Est-ce le fait que je sois méde­cin et consi­déré comme sachant, comme je viens de le dire ? Est-ce que les méde­cins ont perdu l’ha­bi­tude de consi­dé­rer le malade comme un ensemble, qui n’a pas qu’un symp­tôme ou une mala­die, mais toute une série de petits ou gros bobos dont chacun peut avoir une influence sur les autres ?

Cette période de déchéance majeure, il y a deux ans, est ce que je crains de retrou­ver, que ce soit à cause de la chimio ou malgré elle. J’ai besoin de le dire. Ces jour­nées où j’étais inca­pable de manger, où je n’ar­ri­vais à me lever que pour aller au fauteuil, pendant que les aides-soignantes refai­saient mon lit, ou aux toilettes en trai­nant le pied à perfu­sion et ses poches d’hy­dra­ta­tion et d’ali­men­ta­tion, ayant à peine le courage de me débar­bouiller... redou­tant les lavages de bouche avec le mélange écœu­rant destiné à limi­ter la mycose, les nausées épui­santes qui les suivaient souvent, ou qui surve­naient simple­ment quelques instants après avoir avalé mes médi­ca­ments avec une gorgée d’eau. J’avais l’im­pres­sion de ne plus rien maîtri­ser, et ce ne devait pas être qu’une impres­sion ! Je lais­sais aller, "advienne que pourra", amorphe, atten­dant qu’un miracle se produise et que les choses s’amé­liorent. Une chance, pas un miracle, le retour à la maison et les bons soins de mon épouse m’ont permis de recom­men­cer à m’ali­men­ter et de reprendre des forces, puis d’ou­blier tempo­rai­re­ment cette période. Mais à chaque approche des examens de contrôle, ces souve­nirs se mani­fes­taient plus ou moins.

Alors oui, il faut que je la supporte, cette chimio, qu’on puisse en faire toutes les séances envi­sa­gées, avant que la rédio­thé­ra­pie la complète afin de mettre de mon côté un maxi­mum de chances de rémis­sion, voire de guéri­son !

Ce que je craignais...

Je le crai­gnais et en même temps je m’y atten­dais : de la chimio !

Ce matin était prévue la consul­ta­tion avec le cancé­ro­logue, avant ce qui devait être, si j’avais bien compris, le scan­ner dosi­mé­trique demain suivi de la première séance de radio­thé­ra­pie. Mais je subo­do­rais que les méde­cins en RCP risquaient fort d’avoir décidé de m’im­po­ser une chimio­thé­ra­pie, peut-être une immu­no­thé­ra­pie, comme j’en avais parlé.

La route a été longue, le parcours prévu a dû être modi­fié, le pont sur le Rhône entre Tour­non et Tain étant presque complè­te­ment bloqué. J’ai donc suivi la rive droite du Rhône, avec un nouveau gros ralen­tis­se­ment pour cause de travaux et de circu­la­tion alter­née un peu plus loin... Résul­tat, j’étais légè­re­ment en retard : plus d’une heure et cinq minutes pour 54 km !

Heureu­se­ment, le méde­cin était lui aussi un peu en retard. Pendant que j’étais avec sa secré­taire, il est venu lui dépo­ser des docu­ments et en a profité pour récu­pé­rer mon TEP scan dont je lui avais déjà trans­mis le compte-rendu. Puis il a reçu un autre patient avant de s’oc­cu­per de moi.

J’ai alors appris que, contrai­re­ment à ce que j’avais imaginé, bien que la séquence ait été la même il y a deux ans, on ne commen­ce­rait pas par la radio­thé­ra­pie mais par la chimio. Un proto­cole avec deux produits diffé­rents tout en étant proches de ceux que je n’avais pas suppor­tés. Il m’a parlé de deux heures et demie à trois heures de trai­te­ment, toutes les trois semaines, et ce quatre fois, donc un trai­te­ment qui, si je le tolère, s’éta­lera sur un peu plus de deux mois, jusque fin juillet. Il m’a dit qu’il était possible, selon le résul­tat des examens (biolo­gie, autre ?) qu’on ne fasse que trois séances avant de passer à la radio­thé­ra­pie, le scan­ner dosi­mé­trique ne se fera qu’à ce moment-là et pas demain. Il n’a plus été ques­tion d’im­mu­no­thé­ra­pie et je n’ai même pas pensé à poser la ques­tion.

Reste donc à savoir si je suppor­te­rai mieux ces nouveaux produits, sachant que les effets secon­daires annon­cés sont très proches de ceux des précé­dents, si j’en crois le docu­ment qui m’a été remis.

Je m’at­ten­dais à cette chimio, je la redou­tais, et en même temps quelque chose me disait que je serais déçu si on ne me la propo­sait pas. Si une réci­dive locale se mani­feste, des cellules ayant résisté aux deux séances de trai­te­ment il y a deux ans, même si le TEP scan n’a rien repéré ailleurs dans mon orga­nisme, la possi­bi­lité que d’autres cellules malignes quies­centes existent déjà ici ou là justi­fie ce trai­te­ment, malgré les risques d’in­to­lé­rance. Bref, je suis à la fois soulagé qu’on fasse le maxi­mum, et inquiet de ce qui va se passer dans les semaines à venir !

Lorsque je suis reparti du centre, seul le jour de la première séance avait été arrêté, ce prochain mardi, la secré­taire n’ayant pas réussi à contac­ter le service de chimio­thé­ra­pie pour me fixer une heure. Lorsque je suis arrivé à la maison, un message de ce service sur mon portable me propo­sait 9h30 et me deman­dait de confir­mer. J’ai appelé et quand j’ai posé la ques­tion d’ar­ri­ver un peu plus tard, la personne que j’ai eue m’a dit que j’en aurais pour envi­ron 5 heures sur place, soit beau­coup plus que ce que m’avait dit le confrère, le premier produit passant en envi­ron 3 heures, après une prépa­ra­tion, le second étant perfusé dans un temps plus court.

Que vais-je faire pendant tout ce temps ? Je n’ai plus guère de veines comme ont pu le consta­ter les mani­pu­la­teurs lors du TEP scan, et plus de Pic-line. Entre les prises de sang et les cathé­ters pour les perfu­sions, ça risque d’être coton !

Il me reste main­te­nant à passer à la phar­ma­cie prendre ou comman­der les produits, contac­ter le cabi­net infir­mier pour les injec­tions qui seront à faire dès le lende­main des séances, le taxi pour les dépla­ce­ments, la coif­feuse en prévi­sion de la probable chute de cheveux...

Au fait, j’avais un doute sur la cause de mes épisodes de voix cassée : ils ont été levés, il s’agit bien d’ir­ri­ta­tion d’un nerf passant à proxi­mité de la réci­dive...