Cancer du poumon : quand le ciel vous tombe sur la tête !

On continue par un scanner

Lundi 1° février, en fin d’après-midi, mon épouse m’ac­com­pagne au service de scan­ner de l’hô­pi­tal d’An­no­nay. L’exa­men sera super­visé par la radio­logue qui s’est occu­pée de moi lors de la radio pulmo­naire, mardi dernier. Je n’ai pas peur du diagnos­tic, je m’y attends, je suis déjà en confi­gu­ra­tion de combat.

L’at­tente est longue, peut-être pas tant que ça, mais ça me paraît durer... Enfin, une mani­pu­la­trice me prend en charge et me pose une perfu­sion en vue de l’injec­tion du produit de contraste. Lors de mes précé­dentes urogra­phies intra­vei­neuses et scan­ner, je n’ai pas eu de problème d’in­to­lé­rance à l’iode, je ne suis pas inquiet.

Instal­la­tion sur la table, quel incon­fort que de devoir tenir les bras en l’air au-dessus de la tête ! Mes épaules souffrent, séquelles de tendi­nites anciennes...

Premier passage, les épaules me font mal, j’es­saie de bouger un peu en profi­tant de la pause lors de l’injec­tion du produit de contraste ; deuxième passage. Vive­ment que ce soit fini ! Je n’ai rien ressenti à l’injec­tion, même pas cette sensa­tion de chaleur dont on parle, juste un goût inha­bi­tuel au fond de la gorge, vite disparu.

Retrait de la perfu­sion, attente de la radio­logue. Là encore, même si ça ne dure pas tant que ça, c’est long. Verdict : radio confir­mée (je m’en doutais...), il s’agit bien d’une tumé­fac­tion du lobe supé­rieur gauche, qui s’ap­puie pratique­ment sur les côtes à l’ar­rière, mais, point posi­tif, elle est bien limi­tée.

Là encore, on ne parle que de tumé­fac­tion, pas de tumeur...

Jusqu’ici, j’étais mon propre méde­cin, main­te­nant, il va me falloir passer la main, ça dépasse mes compé­tences !

 

On commence par un bilan biologique

Négli­gence... je n’ai fait aucun bilan biolo­gique depuis cinq ans, mais il faut dire qu’à part les soucis des années en plus et de l’ar­throse qui ne s’amé­liore pas, je n’en ressen­tais pas spécia­le­ment la néces­sité. C’est donc l’oc­ca­sion de faire un contrôle, pratiqué dès le mercredi 27.

Débrouillage, histoire d’avoir une première idée, avec un bilan stan­dard, surtout une vitesse de sédi­men­ta­tion dont je crains le résul­tat, la précé­dente, il y a cinq ans, étant déjà bien accé­lé­rée sans que rien ne l’ex­plique à l’époque.

Le résul­tat tombe : pas de signe d’in­fec­tion, mais VS très accé­lé­rée, comme prévu. L’ané­mie que je traîne proba­ble­ment depuis ma nais­sance (on avait demandé à mes parents, proba­ble­ment en 1953 ou 1954, d’al­ler me faire faire un contrôle à Alger en raison d’un manque de globules rouges constaté à Bou-Saâda), cette anémie semble stable.

Pas de signe d’in­fec­tion, VS très accé­lé­rée : soyons réalistes ! la tumé­fac­tion a toutes chances de ne pas être un abcès, mais une tumeur maligne !

Encore trois jours à attendre pour le scan­ner et la confir­ma­tion.

Dis, pourquoi tu râles ?

Quand le ciel vous tombe sur la tête !

Quelques jours avant Noël 2015, au retour d’un dépla­ce­ment en voiture depuis Saint-Féli­cien où je réside jusqu’à Anno­nay et Davé­zieux pour quelques courses avant-fêtes, je me suis retrouvé avec une espèce de bron­chite, et mon habi­tuelle irri­ta­tion de la gorge s’est aggra­vée. En quelques jours, les choses sont rentrées dans l’ordre sans trai­te­ment parti­cu­lier.

La semaine dernière, plusieurs jours de suite, dans l’après-midi, devant mon écran, j’ai eu froid, un froid inha­bi­tuel. Pour­tant, même si le ther­mo­mètre donne une tempé­ra­ture un peu majo­rée par la proxi­mité de la chaleur de l’écran, il ne fait pas frais dans le bureau. Une infec­tion virale ? Je n’ai pas de fièvre ; je n’ai quasi­ment jamais de fièvre !

Un soir, couché dans mon lit sur le côté gauche, j’en­tends un bruit bizarre au niveau de mon poumon gauche, une bronche encom­brée ? Curieux ! Je tousse : le bruit persiste, je finis par ne plus y faire atten­tion et je m’en­dors. Mais les soirs suivants, ce râle se repro­duit, toujours au même endroit. Je n’ai pas mal, je ne tousse pas spécia­le­ment, j’ai juste la gorge un peu plus irri­tée que d’ha­bi­tude... mais ça fait des années que je fais des épisodes aller­giques laryn­gés, donc avoir la gorge irri­tée n’a rien d’in­ha­bi­tuel.

Ayant prévu d’ache­ter des tréteaux et un plateau (ou de quoi le faire) afin de dispo­ser d’un plan de travail plus pratique et d’y monter enfin des maquettes de voitures et camions que j’avais ache­tées lors de promos et soldes, toujours en attente dans leurs boîtes, je réserve par Inter­net une paire de tréteaux que j’irai cher­cher cet après-midi à Davé­zieux.

Nous sommes le 26 janvier 2016, j’ai hésité, mais avant de me rendre au maga­sin de brico­lage, je fais un détour par le service de radio­lo­gie de la Clinique des Cévennes à Anno­nay. Il faut que je sache, pas que j’at­tende comme j’avais eu le tort de le faire pour ma vessie, il y a huit ans. M’an­nonçant comme méde­cin retraité, j’ai droit à une prise en charge quasi immé­diate. Je vais enfin savoir ce qu’il en est. Ayant cessé de fumer il y a 29 ans, n’ayant ensuite plus été exposé à la fumée des autres, que peut-il se passer ? Bien sûr, la crainte du "crabe" est là.

Après quelques instants d’at­tente, la radio­logue vient me voir et m’an­nonce la présence d’une tumé­fac­tion pour laquelle elle prévoit un scan­ner, d’au­tant qu’il y a huit ans, j’ai été opéré d’un polype vési­cal dégé­néré, puis ai subi une série de six séances de BCG-théra­pie intra­vé­si­cale et que, même si j’ai été consi­déré comme guéri lors de la cysto­sco­pie pratiquée un an plus tard, rien ne dit qu’il ne pour­rait pas s’agir d’une méta­stase (encore que j’ignore si un cancer de vessie peut donner des méta­stases pulmo­naires...). Elle veut ce scan­ner pour ce jeudi, mais il n’y a pas de place dispo­nible ce jour-là ; j’at­ten­drai donc lundi, le 1° février.

La secré­taire me remet la radio et son compte-rendu : la tumeur est à peu près de la taille d’un beau citron ! Comment a-t-elle pu passer inaperçue tout en gros­sis­sant à ce point ?

Le terme de "tumeur" n’a pas été prononcé, alors pour me rassu­rer j’ima­gine un abcès, à la rigueur secon­daire à une petite lésion maligne bron­chique... J’en saurai plus lundi.

Bref, après cette première histoire de crabe il y a huit ans, il semble bien qu’un nouveau se soit installé, et bien installé, depuis quelques temps, se faisant parti­cu­liè­re­ment discret puisqu’il a pu atteindre une telle taille sans jamais se mani­fes­ter le moins du monde...

Je vais récu­pé­rer ma commande et ache­ter quelques bricoles, puis c’est le retour à la maison, la larme à l’œil en pensant à l’inquié­tude de mes proches lorsqu’ils sauront. Moi, je ne suis pas inquiet, je suis déjà prêt à me battre, il n’y a pas de place pour l’inquié­tude. Je ne peux pas cacher mon problème à mon épouse. En parler est essen­tiel pour l’af­fron­ter et le combattre ! Elle encaisse... Je suis triste pour elle et pour ma famille. J’en parle­rai à des amis et rela­tions profes­sion­nelles, ça m’ai­dera à suppor­ter toute cette période de bilan tout en leur faisant comprendre pourquoi je ne serai proba­ble­ment pas aussi dispo­nible que d’ha­bi­tude pendant quelques temps. Mais quand en parle­rai-je à mes frères et à mes enfants ? Le plus tard possible, je pense !