Cancer du poumon : quand le ciel vous tombe sur la tête !

Faut qu'j'la supporte !

J’ai l’im­pres­sion d’uti­li­ser la méthode Coué ! Mais même si je me mets bien en tête qu’il faut que j’ar­rive à suppor­ter cette chimio, que c’est le seul moyen pour espé­rer une rémis­sion, en conjonc­tion avec la radio­thé­ra­pie à venir, ce sont surtout mes reins, ma moelle osseuse et mon colon qui déci­de­ront.

Oui, j’ai trop les souve­nirs de ces semaines il y a deux ans où j’avais accu­mulé les désa­gré­ments : throm­bose sur le Pic-line, fatigue, septi­cé­mie, colite +++, totale inap­pé­tence m’ayant cloué au lit, à la maison puis en clinique, avant que peu à peu, les effets néfastes s’at­té­nuant, j’ar­rive à recom­men­cer à manger et à reprendre des forces.

Deux ans plus tard, il me reste cette fatigue et fati­ga­bi­lité, ce manque de forces, ces légers étour­dis­se­ments dont je crains toujours qu’ils se concluent par une chute, cette impos­si­bi­lité de mener une vie normale, et cette obli­ga­tion de délé­guer trop de choses, moi qui suis depuis toujours habi­tué à tout gérer moi-même.

En ce moment, j’au­rais tant de choses à faire dans le jardin, mais le temps ne m’en a pas laissé le temps ! Comment trai­ter contre les puce­rons ou la pyrale du buis, contre la cloque des pruniers, lorsque pluies et orages sont jour­na­liers ? En ce moment, le tonnerre roule d’un sommet à l’autre...

Histoire de m’oc­cu­per l’es­prit, l’éva­cua­tion de l’évier s’est rebou­chée hier. Il y a quelques temps, ça s’était déjà produit, mais le remplis­sage d’un des deux bacs avec un arro­soir avait suffi à régler le problème en jouant sur la pres­sion. Oh non, ça ne pouvait pas être simple­ment le siphon comme on le voit dans les spots publi­ci­taires, mais carré­ment le tuyau, au niveau d’un coude proba­ble­ment. Dans un premier temps, après un premier essai inef­fi­cace avec du débou­cheur liquide, il m’a fallu m’as­seoir par terre pour pouvoir utili­ser la tringle souple de débou­chage qui a buté sur le coude ou le bouchon, puis est passée, glis­sant dans sa quasi tota­lité sans point dur. Après un ramo­nage, on pouvait espé­rer la réso­lu­tion du problème. Deux arro­soirs pour faire de la pres­sion. Zut ! Le bouchon n’a fait que se dépla­cer : après l’es­poir car l’eau descen­dait de manière normale, elle s’est mise à ne se vider qu’ex­trê­me­ment lente­ment.
Ce matin, nouvel essai. La tringle bute de nouveau très vite, impos­sible de passer ce qui est proba­ble­ment un coude. J’es­saie d’uti­li­ser le côté souf­fleur de l’as­pi­ra­teur de garage : rien ne semble bloquer, l’as­pi­ra­teur ne souffre pas, mais à peine le siphon remis en place, nous en sommes au même point : bouché. Nous sommes lundi, les seuls maga­sins ouverts, où je pour­rai trou­ver du débou­cheur liquide, sont à 30 kilo­mètres . Pas d’autre solu­tion, il faut que j’y aille, sous la pluie au retour.

Après 3 litres de produit et plus de trois heures d’at­tente, il semble enfin que ce tuyau se soit débou­ché. Espé­rons que c’est vrai­ment le cas et que je n’au­rai pas besoin dans quelques jours de m’as­seoir de nouveau par terre (vous ne m’avez pas vu batailler pour m’en rele­ver !!!) pour tenter une nouvelle opéra­tion de débou­chage. Il faudra appe­ler le plom­bier !

Mais télé­pho­ner, avec ma voix cassée, c’est la galère ! En fin de semaine dernière, j’ai appelé le cabi­net infir­mier pour prévoir les piqûres sous-cuta­nées à faire après la séance de chimio. L’in­fir­mière a mis un moment à me comprendre et à m’iden­ti­fier ! Et ce matin, il a fallu que je rappelle pour préve­nir que ce n’était pas mercredi, mais jeudi que la première injec­tion devait être faite. Là encore, il a fallu du temps avant qu’elle me comprenne.

Bref, cette atteinte de la voix, qui n’a d’abord été qu’é­pi­so­dique, est deve­nue presque perma­nente, compliquant mes rela­tions. Il est dommage que le cancé­ro­logue ne se soit pas arrêté dessus, se conten­tant de dire que le nerf récur­rent était en cause : simple inflam­ma­tion de proxi­mité pouvant régres­ser, ou pris dans la réci­dive qui pour­tant ne paraît pas si proche ? Qu’il est dur d’être méde­cin et de ne pas être pris en charge comme n’im­porte quel malade lambda ! Les confrères semblent consi­dé­rer qu’on sait tout, comme eux savent !

Il me semblait avoir déjà évoqué ici l’idée de consul­ter la psycho­logue spécia­li­sée en onco­lo­gie qui était venue me voir vers la fin de mon séjour en clinique il y a deux ans, en juin. Je l’avais trou­vée très à l’écoute, beau­coup plus que celle venue voir quelques instants plus tôt mon compa­gnon de chambre. Je ne sais pas si ce qui prime­rait dans ce que j’au­rais à lui racon­ter, c’est la peur de l’ave­nir ou cette sensa­tion très désa­gréable qu’on n’est pas, avec le cancé­ro­logue comme avec le méde­cin géné­ra­liste, dans le cadre d’une rela­tion humaine, méde­cin-malade, mais dans le trai­te­ment d’une mala­die, le malade n’exis­tant pas. Est-ce le fait que je sois méde­cin et consi­déré comme sachant, comme je viens de le dire ? Est-ce que les méde­cins ont perdu l’ha­bi­tude de consi­dé­rer le malade comme un ensemble, qui n’a pas qu’un symp­tôme ou une mala­die, mais toute une série de petits ou gros bobos dont chacun peut avoir une influence sur les autres ?

Cette période de déchéance majeure, il y a deux ans, est ce que je crains de retrou­ver, que ce soit à cause de la chimio ou malgré elle. J’ai besoin de le dire. Ces jour­nées où j’étais inca­pable de manger, où je n’ar­ri­vais à me lever que pour aller au fauteuil, pendant que les aides-soignantes refai­saient mon lit, ou aux toilettes en trai­nant le pied à perfu­sion et ses poches d’hy­dra­ta­tion et d’ali­men­ta­tion, ayant à peine le courage de me débar­bouiller... redou­tant les lavages de bouche avec le mélange écœu­rant destiné à limi­ter la mycose, les nausées épui­santes qui les suivaient souvent, ou qui surve­naient simple­ment quelques instants après avoir avalé mes médi­ca­ments avec une gorgée d’eau. J’avais l’im­pres­sion de ne plus rien maîtri­ser, et ce ne devait pas être qu’une impres­sion ! Je lais­sais aller, "advienne que pourra", amorphe, atten­dant qu’un miracle se produise et que les choses s’amé­liorent. Une chance, pas un miracle, le retour à la maison et les bons soins de mon épouse m’ont permis de recom­men­cer à m’ali­men­ter et de reprendre des forces, puis d’ou­blier tempo­rai­re­ment cette période. Mais à chaque approche des examens de contrôle, ces souve­nirs se mani­fes­taient plus ou moins.

Alors oui, il faut que je la supporte, cette chimio, qu’on puisse en faire toutes les séances envi­sa­gées, avant que la rédio­thé­ra­pie la complète afin de mettre de mon côté un maxi­mum de chances de rémis­sion, voire de guéri­son !

Ce que je craignais...

Je le crai­gnais et en même temps je m’y atten­dais : de la chimio !

Ce matin était prévue la consul­ta­tion avec le cancé­ro­logue, avant ce qui devait être, si j’avais bien compris, le scan­ner dosi­mé­trique demain suivi de la première séance de radio­thé­ra­pie. Mais je subo­do­rais que les méde­cins en RCP risquaient fort d’avoir décidé de m’im­po­ser une chimio­thé­ra­pie, peut-être une immu­no­thé­ra­pie, comme j’en avais parlé.

La route a été longue, le parcours prévu a dû être modi­fié, le pont sur le Rhône entre Tour­non et Tain étant presque complè­te­ment bloqué. J’ai donc suivi la rive droite du Rhône, avec un nouveau gros ralen­tis­se­ment pour cause de travaux et de circu­la­tion alter­née un peu plus loin... Résul­tat, j’étais légè­re­ment en retard : plus d’une heure et cinq minutes pour 54 km !

Heureu­se­ment, le méde­cin était lui aussi un peu en retard. Pendant que j’étais avec sa secré­taire, il est venu lui dépo­ser des docu­ments et en a profité pour récu­pé­rer mon TEP scan dont je lui avais déjà trans­mis le compte-rendu. Puis il a reçu un autre patient avant de s’oc­cu­per de moi.

J’ai alors appris que, contrai­re­ment à ce que j’avais imaginé, bien que la séquence ait été la même il y a deux ans, on ne commen­ce­rait pas par la radio­thé­ra­pie mais par la chimio. Un proto­cole avec deux produits diffé­rents tout en étant proches de ceux que je n’avais pas suppor­tés. Il m’a parlé de deux heures et demie à trois heures de trai­te­ment, toutes les trois semaines, et ce quatre fois, donc un trai­te­ment qui, si je le tolère, s’éta­lera sur un peu plus de deux mois, jusque fin juillet. Il m’a dit qu’il était possible, selon le résul­tat des examens (biolo­gie, autre ?) qu’on ne fasse que trois séances avant de passer à la radio­thé­ra­pie, le scan­ner dosi­mé­trique ne se fera qu’à ce moment-là et pas demain. Il n’a plus été ques­tion d’im­mu­no­thé­ra­pie et je n’ai même pas pensé à poser la ques­tion.

Reste donc à savoir si je suppor­te­rai mieux ces nouveaux produits, sachant que les effets secon­daires annon­cés sont très proches de ceux des précé­dents, si j’en crois le docu­ment qui m’a été remis.

Je m’at­ten­dais à cette chimio, je la redou­tais, et en même temps quelque chose me disait que je serais déçu si on ne me la propo­sait pas. Si une réci­dive locale se mani­feste, des cellules ayant résisté aux deux séances de trai­te­ment il y a deux ans, même si le TEP scan n’a rien repéré ailleurs dans mon orga­nisme, la possi­bi­lité que d’autres cellules malignes quies­centes existent déjà ici ou là justi­fie ce trai­te­ment, malgré les risques d’in­to­lé­rance. Bref, je suis à la fois soulagé qu’on fasse le maxi­mum, et inquiet de ce qui va se passer dans les semaines à venir !

Lorsque je suis reparti du centre, seul le jour de la première séance avait été arrêté, ce prochain mardi, la secré­taire n’ayant pas réussi à contac­ter le service de chimio­thé­ra­pie pour me fixer une heure. Lorsque je suis arrivé à la maison, un message de ce service sur mon portable me propo­sait 9h30 et me deman­dait de confir­mer. J’ai appelé et quand j’ai posé la ques­tion d’ar­ri­ver un peu plus tard, la personne que j’ai eue m’a dit que j’en aurais pour envi­ron 5 heures sur place, soit beau­coup plus que ce que m’avait dit le confrère, le premier produit passant en envi­ron 3 heures, après une prépa­ra­tion, le second étant perfusé dans un temps plus court.

Que vais-je faire pendant tout ce temps ? Je n’ai plus guère de veines comme ont pu le consta­ter les mani­pu­la­teurs lors du TEP scan, et plus de Pic-line. Entre les prises de sang et les cathé­ters pour les perfu­sions, ça risque d’être coton !

Il me reste main­te­nant à passer à la phar­ma­cie prendre ou comman­der les produits, contac­ter le cabi­net infir­mier pour les injec­tions qui seront à faire dès le lende­main des séances, le taxi pour les dépla­ce­ments, la coif­feuse en prévi­sion de la probable chute de cheveux...

Au fait, j’avais un doute sur la cause de mes épisodes de voix cassée : ils ont été levés, il s’agit bien d’ir­ri­ta­tion d’un nerf passant à proxi­mité de la réci­dive...

Un peu soulagé

Soulagé... Oh, un peu seule­ment ! Le TEP scan passé avant-hier au nord de Lyon a été une épreuve : parti de la maison en taxi à 12h45, j’étais juste à l’heure pour mon rendez-vous à 14h30 (encom­bre­ments lyon­nais obligent). La partie admi­nis­tra­tive réglée, je n’ai eu à attendre que quelques minutes avant qu’un mani­pu­la­teur vienne me cher­cher. Contrai­re­ment à ce qui s’était passé à Valence lors de mon premier TEP scan, je n’ai pas rencon­tré le méde­cin avant de passer dans la salle où devait être mise en place la perfu­sion en attente de l’injec­tion du produit radio­ac­tif. J’ai confié au mani­pu­la­teur les docu­ments que j’avais appor­tés, puis il m’a piqué par deux fois et sans succès pour placer cette perfu­sion, préfé­rant ensuite faire appel à un de ses collègues qui a pu reprendre la veine piquée il y a quelques semaines pour la prise de sang et l’IRM.

Il ne s’est guère passé de temps avant que le premier revienne pour m’injec­ter le produit radio­ac­tif. Il me fallait main­te­nant attendre une heure avant que l’exa­men puisse être pratiqué. J’avais amené des mots-croi­sés, mais à peine ai-je pu remplir quelques mots que je me suis rendu compte que la perfu­sion ne passait plus si je pliais, ne serait-ce qu’un peu, mon coude. Il m’a donc fallu renon­cer et attendre sans rien faire. Ça m’a paru inter­mi­nable, mais fina­le­ment plus court que ce que je croyais. Mon ventre gargouillait de n’avoir eu que de l’eau depuis le repas de la veille au soir, c’était l’heure de la sieste et je piquais du nez sur le fauteuil, fermant les yeux... Je ne serais pas surpris de m’être endormi quelques instants.

Au bout d’une heure donc, une mani­pu­la­trice est venue me deman­der d’al­ler vider ma vessie, puis de prendre mes affaires avant de passer en salle d’exa­men. Là, pas de désha­billage ! Chaus­sures aux pieds et panta­lon simple­ment descendu sur les genoux, tête coin­cée dans un cadre en mousse rigide, l’exa­men a pu commen­cer : 20 minutes à passer bras au-dessus de la tête, sans bouger... Il était 16h20 lorsque ça a commencé, 16h40 quand j’en suis sorti. Après quelques instants d’ac­qui­si­tion des images, la mani­pu­la­trice m’a annoncé que je pouvais bais­ser les bras pendant qu’elle véri­fiait les images. Et au lieu de me sortir du tunnel, elle m’y a laissé. Heureu­se­ment, j’y étais moins enfermé que pour l’IRM, mais cette sensa­tion d’en­fer­me­ment et d’im­pos­si­bi­lité d’en sortir seul est très désa­gréable !

Quelques minutes de patience, qui m’ont paru bien longues, et je pouvais me rajus­ter, reprendre mes affaires et aller dans la salle d’at­tente avant que le méde­cin me donne les résul­tats. Il était 17h15 lorsque, enfin, il est arrivé pour me dire que le ganglion était bien une réci­dive et qu’il n’était accom­pa­gné que par une petite tumeur proche, sans aucune autre loca­li­sa­tion. Il m’a ensuite accom­pa­gné au secré­ta­riat pour que la secré­taire mette sous enve­loppe CD et docu­ments. Au moment de me les donner, elle m’a dit que le CD me parvien­drait plus tard et qu’elle n’avait que le compte-rendu ! Celui-ci compor­tant un lien avec code pour accé­der aux images en ligne, elle m’a rassuré sur la dispo­ni­bi­lité de celles-ci, même si le CD se perdait ou tardait à arri­ver. Je suis donc reparti avec mon chauf­feur, un peu contra­rié, mais à peine assis dans la voiture, mon télé­phone portable sonnait : la secré­taire avait retrouvé le CD que le méde­cin avait posé sur son bureau... Le chauf­feur de taxi est allé en vitesse le récu­pé­rer et nous sommes repar­tis pour arri­ver à la maison à 19 heures. Plus de six heures de dépla­ce­ment et attente sur place pour cet examen : long, très long !

Ceci dit, le résul­tat montrant que la réci­dive est loca­li­sée est partiel­le­ment rassu­rant. Qu’il n’y ait pas de méta­stase est une bonne chose ! Si j’ai bien compris ce que m’a dit le cancé­ro­logue il y a une quin­zaine, il sera bien possible de faire de la radio­thé­ra­pie sur cette zone. Reste à savoir, et je ne le saurai que mercredi prochain, si en RCP il n’aura pas été décidé d’y ajou­ter de la chimio et/ou de l’im­mu­no­thé­ra­pie.

Je saurai aussi mercredi à quel rythme et pendant combien de temps il me faudra aller jusqu’au centre de radio­thé­ra­pie pour ce trai­te­ment. De nombreux dépla­ce­ments en pers­pec­tive !

Déboussolé, sidéré...

Trop de mots venaient pour ce titre ! Débous­solé est peut-être le plus expli­cite. "Sonné", aurais-je pu ajou­ter... Je repense à l’oph­talmo qui évoquait une rémis­sion, il y a un peu plus de deux mois...

Il y a une dizaine de jours, l’inquié­tude dont j’avais parlé s’est justi­fiée : le scan­ner a mis en évidence un ganglion ayant pris de l’am­pleur au sommet de la loge de résec­tion du poumon gauche, derrière la clavi­cule, au contact des vais­seaux. Rien n’a été décelé ailleurs, alors que je crai­gnais que les douleurs coliques et lombaires droites pour­raient révé­ler quelque chose d’anor­mal à ce niveau.

La ques­tion immé­diate, et c’est celle qu’a, bien sûr, posée le cancé­ro­logue vu lundi passé, est de cher­cher à savoir si cette lésion est isolée comme le suggère le scan­ner, ou asso­ciée à des méta­stases à distance. Pour cela, il me faudra faire un TEP scan dans huit jours, le lundi 14 mai. À l’heure où j’écris, dans huit jours je serai fixé !

Tout inci­dent me fait main­te­nant me poser des ques­tions ! La voix brusque­ment cassée il y a deux jours au télé­phone, ou ce matin après le petit déjeu­ner ? Une légère douleur inha­bi­tuelle à la face interne du bras gauche hier. Toujours cette douleur colique droite accom­pa­gnée par son pendant dans la gout­tière lombaire ? Cette anes­thé­sie de la face externe des cuisses dont j’ai déjà parlé : lésion rachi­dienne ? Bref, il y a de quoi deve­nir hypo­chon­driaque !

Si j’ai bien compris ce qu’a dit le cancé­ro­logue, une lésion loca­li­sée pourra être trai­tée par de la radio­thé­ra­pie dès le 24 mai. Si d’autres loca­li­sa­tions sont trou­vées, il ne serait a priori pas possible de faire de radio­thé­ra­pie et il faudrait alors passer à une chimio­thé­ra­pie diffé­rente de celle initiée il y a deux ans, et peut-être, si de nouvelles analyses faites sur la tumeur montrent que ce pour­rait être effi­cace, de l’im­mu­no­thé­ra­pie. Je n’ai pas compris (ou retenu) si l’une de ces deux autres théra­peu­tiques (ou les deux) pour­rait ou devrait être asso­ciée à la radio­thé­ra­pie. Mon dossier passera de nouveau en commis­sion de concer­ta­tion d’ici au 23 mai.

Bref, quel que soit le résul­tat du TEP scan, je suis reparti pour au moins toute une série de séances de radio­thé­ra­pie, et donc de dépla­ce­ments régu­liers jusqu’au centre, cinq jours par semaine ! Si cette radio­thé­ra­pie n’est pas possible, ce sera pire avec proba­ble­ment la remise en place d’un Pic-line ou d’un Port-a-cath pour les injec­tions, à moins qu’une chimio­thé­ra­pie par compri­més soit possible, et des hospi­ta­li­sa­tions probables. 

Sidéré, ai-je dit ! Moi qui, déjà, me sens para­lysé et inca­pable d’en­tre­prendre certains projets lorsque je suis en attente d’autre chose (certes, j’ai pu trou­ver le courage d’al­ler cher­cher du bois — juste l’al­ler-retour, sans traî­ner une minute de trop — et de décou­per et monter un petit meuble destiné à rece­voir les épées Star Wars des petits-enfants de mon épouse), je suis plus bloqué que jamais pour les autres projets dont j’ai déjà parlé, je crois : notam­ment scan­ner les vieux néga­tifs qui attendent à portée de main sur mon bureau, de nouveau photo­gra­phier mes collec­tions de stylos, couteaux, appa­reils photo et complé­ter les sites qui en parlent, monter enfin les maquettes qui vieillissent dans leurs boîtes... m’oc­cu­per un peu du jardin. J’at­ten­dais que le temps s’amé­liore pour passer le désher­beur ther­mique : la tempé­ra­ture il y a quelques instants était de 26° à l’ombre, un peu trop chaud main­te­nant pour le passer ! Alors, plus tard dans l’après-midi ? Demain, après-demain ??? C’est telle­ment plus facile de remettre à après-demain ce qu’on pour­rait faire demain...

Les choses évolue­ront-elles favo­ra­ble­ment, sans autant d’ef­fets secon­daires que ma chimio d’il y a deux ans ? Me lais­se­ront-elles m’or­ga­ni­ser pour mener à terme ces diffé­rents projets ou serai-je contraint de rester au lit ou au fauteuil, sans pouvoir faire que lire, écou­ter de la musique ou regar­der des vidéos sur une tablette ?

Bref, vous l’au­rez compris, avec l’ex­pé­rience malheu­reuse de la chimio il y a deux ans et les séquelles que j’en garde, je ne suis pas serein ! Mais je sais que tout est déjà joué et qu’il faut attendre de savoir ce que m’a fait comme mauvais coup ce crabe afin de pouvoir ripos­ter.

Le verdict de l’exa­men sera-t-il rela­ti­ve­ment favo­rable ou pas ? Ces huit jours à venir vont être inter­mi­nables !

Stressé et toujours fatigué

Diffi­cile de suppor­ter cette fati­ga­bi­lité ! Il y a quelques jours, je n’ai pas réussi à finir de rembo­bi­ner les vingt-cinq ou trente mètres de tuyau que j’ai laissé traî­ner au sol depuis l’au­tomne, après l’avoir utilisé pour arro­ser les carrés pota­gers avec l’eau des cuves de récu­pé­ra­tion d’eau de pluie, puis pour vider celles-ci cet hiver, juste avant le gros coup de froid. L’herbe, en repous­sant, avait enserré le tuyau par endroits, et forcer sur la mani­velle de l’en­rou­leur ne suffi­sait pas pour le faire glis­ser, il fallait aller le décoin­cer là où les petites mains des herbes le rete­naient, et j’ai craqué à la moitié.

Enfin, le soleil est revenu, ce qui fait du bien au moral, mais ça veut aussi dire plein de travaux que je ne suis pas en mesure de faire et que je dois délé­guer en très grande partie (en quasi tota­lité, devrais-je dire !) à mon épouse.

J’ai aussi voulu désher­ber, l’hu­mi­dité et la tempé­ra­ture douce de ces derniers temps ayant beau­coup plu aux plantes, surtout aux adven­tices (il paraît qu’il ne faut plus dire "mauvaises herbes" !). Je n’ai pas tenu cinq minutes, à me pencher et me rele­ver. Et quand je pense aux efforts que je vais avoir à faire pour remuer le contenu des deux compos­teurs, après qu’on y ait ajouté des tontes de gazon et des bran­chages taillés il y a quelques mois et enfin broyés, j’en suis déjà épuisé. Je n’ose imagi­ner comment je vais pouvoir m’y prendre pour déra­ci­ner le gros pied de myrtilles mort de soif l’été dernier !

Fati­gué de cette fati­ga­bi­lité !

Hier, mon IRM était prévue dans l’après-midi. Lundi, je me suis présenté au cabi­net infir­mier à l’ou­ver­ture : bondé ! Alors, j’ai décidé de faire faire ma prise de sang à domi­cile mardi matin. Les résul­tats sont arri­vés dans l’après-midi : stabi­lité de l’ané­mie et de l’in­suf­fi­sance rénale, légère augmen­ta­tion des gamma-GT et surtout des phos­pha­tases alca­lines. J’es­père que mon onco­logue m’ex­pliquera ce que ça signi­fie.

Stressé par la pers­pec­tive de cette IRM comme je le suis dans celle du scan­ner prévu pour mercredi prochain : va-t-on trou­ver des anoma­lies ? Vais-je repar­tir dans des semaines ou des mois de trai­te­ment ? Y aura-t-il une expli­ca­tion intra­crâ­nienne à ces troubles de la vue ? Qu’est-ce qui fait que mes lombaires craquent quand je me penche pour m’ha­biller ou me désha­biller, et me paraissent en même temps si enrai­dies alors même que j’en souffre moins depuis quelques mois. Le scan­ner nous appren­dra-t-il aussi pourquoi les douleurs costales basses posté­rieures à droite sont reve­nues ? Compres­sion hépa­tique ou rénale par le colon lui-même doulou­reux ? Souf­france arti­cu­laire ? Et ces douleurs et cette paresse coliques deve­nues perma­nentes ? J’avais cru que la dimi­nu­tion de la dose du trai­te­ment anti­aryth­mique aller régler ce problème, mais je me suis trompé.

Dans la nuit d’avant-hier à hier, j’ai mal dormi. Pour­tant, je ne me souviens pas avoir pensé à tout ça. Au lever, j’ai eu droit à ma bonne crise de colite et je me suis bien allégé, mais pour autant, les douleurs n’ont pas disparu, elles étaient encore là cette nuit (où j’ai cepen­dant mieux dormi) et sont toujours là ce matin. Quand je suis arrivé au centre d’ima­ge­rie, je n’ai pas eu le courage de monter à l’étage par l’es­ca­lier, j’ai pris l’as­cen­seur. Pour­tant, j’avais eu l’im­mense chance de trou­ver à me garer juste devant le centre, à moins de cent mètres du bâti­ment.

Levé un peu après 7 heures ce matin, j’au­rais pu — j’au­rais dû — prendre mes appa­reils photo et profi­ter du soleil déjà levé pour aller faire quelques photos du village, de sa plaine et de ses collines, en atten­dant de me déci­der à aller en faire de l’in­té­rieur du village pour alimen­ter un site web dont je ne sais où il va : un brin d’his­toire du village, quelques réfé­rences histo­riques, et des photos. Mais il est telle­ment plus facile de rester scot­ché sur le fauteuil de bureau que d’al­ler marcher !

Pour­tant, la campagne est belle en ce moment, avec le retour du soleil et de la chaleur. Les ceri­siers sont en fleurs, il y en a appa­rem­ment un plein champ au-dessus du village. D’autres arbres (d’or­ne­ment ?) fleu­rissent d’un rose soutenu dans le petit parking au pied de l’an­cien couvent. Les arbres de Judée n’ont pas encore commencé, eux, mais ils ne sauraient tarder. Dans le village et aux alen­tours, sur quelques murs de pierre fleu­rissent d’énormes pieds de campa­nules ou d’au­briètes, et des giro­flées. Et dans la campagne, dissé­mi­nés un peu partout aux flancs des collines, des arbres isolés fleu­rissent blancs. Peut-être des prunus blancs, comme celui de notre voisin qui a déjà fini de fleu­rir depuis quelques jours ? Un camaïeu de verts, les touches blanches de ces arbres, roses d’autres, jaunes des forsy­thias, les blancs, bleus et violets des lilas qui démarrent. Dommage qu’un léger voile atmo­sphé­rique estompe tout ça au loin. Il faudra que j’es­saie un filtre.

Ah oui, mon IRM est normale, m’a dit le radio­logue. Ce qui veut dire qu’au­cun signe d’hy­per­ten­sion et/ou de tumeur intra­crâ­nienne n’a été décelé pour expliquer mes troubles visuels ! Tant mieux d’un côté, pas de méta­stase, mais de l’autre, c’est toujours le gros point d’in­ter­ro­ga­tion pour ces troubles de la vue. Ce matin, je ne me souviens pas avoir ressenti de gêne de l’œil droit par séche­resse, comme c’est habi­tuel­le­ment le cas, mais il y a toujours cette sensa­tion bizarre et désa­gréable à son niveau. Au contraire — est-ce la consé­quence des kilo­mètres faits hier pour aller passer mon IRM ? — j’ai les conjonc­tives irri­tées et l’im­pres­sion de trop de larmes, avec de nouveau ce gel presque opaque aux coins des yeux, qu’il faut régu­liè­re­ment essuyer. Les corps flot­tants me gênent beau­coup en ce moment, aux deux yeux, en plus du reste... Encore près de deux mois à attendre avant de pouvoir avoir l’avis (et un trai­te­ment effi­cace ?) de mon ophtal­mo­logue !

Et puis de nouveau mercredi et le lundi suivant, des kilo­mètres à faire pour le scan­ner et la consul­ta­tion chez le cancé­ro­logue...