Cancer du poumon : quand le ciel vous tombe sur la tête !

Quatre semaines !

Il y a quatre semaines, à l’heure où j’écris, je m’at­ten­dais à ce qu’on vienne me cher­cher d’une minute à l’autre pour me descendre au bloc opératoire. Quelques heures plus tard, j’ap­pre­nais qu’au lieu d’une lobec­to­mie qui aurait peu amputé mes capa­cités respi­ra­toires puisque ce lobe ne respi­rait pratique­ment pas, le chirur­gien avait dû faire une pneu­mo­nec­to­mie en raison d’adhérences inop­por­tunes, bien que craintes, réduisant cette capa­cité d’en­vi­ron 40%, ce qui est bien différent et offre des pers­pec­tives bien moins réjouis­santes.

Quatre semaines après l’in­ter­ven­tion aujourd’­hui, mais treize semaines hier — trois mois pleins ! — depuis le diagnos­tic initial et quatorze depuis le premier doute...

Aujourd’­hui, je suis fatigué, peut-être un peu plus qu’hier, la séance de kinésithérapie d’hier midi ayant été un peu plus diffi­cile pour essayer de mieux mobi­li­ser les vertèbres dorsales et ayant ravivé les douleurs costales et réveillé la douleur lombaire basse et fessière ainsi qu’une douleur de la hanche droite que je ne ressen­tais plus depuis l’opération et la péridu­rale.

Je suis contrarié parce que, de nouveau, la station météo, qui pour­tant n’af­fiche pas l’ac­ti­va­tion de son alarme, a sonné à 6 heures ce matin alors que je m’étais encore réveillé plusieurs fois dans la nuit, avec du mal à me rendor­mir.

Contrarié aussi parce qu’hier dans l’après-midi, après une averse, nous avons eu, sur la colline à l’est de la maison, un magni­fique arc-en-ciel double dont j’ai réussi à rater les photos ! J’ai en effet pris mon reflex, j’y ai placé le zoom 10–24 qui allait me permettre de mettre la tota­lité de l’arc prin­ci­pal dans mon image, et je suis sorti sous une légère pluie fine. Le boîtier étant paramétré en ISO auto pour les photos d’oi­seaux que j’avais précédemment faites, quand j’ai voulu repas­ser cette sensi­bi­lité à 200, je ne me suis pas aperçu que la molette avait basculé en manuel au lieu de prio­rité à l’ou­ver­ture que j’uti­lise habi­tuel­le­ment. Je me suis donc retrouvé avec des images soit légèrement surex­posées avant ce chan­ge­ment, soit fran­che­ment sous-exposées après le passage en 200 ISO ! Et au vision­nage sur l’écran de mon PC, je retrouve des arte­facts multiples qui font que d’un beau spec­tacle, je ne peux tirer au plus qu’une carte postale banale. Il y a long­temps, trois ans proba­ble­ment, que j’en­vi­sage de chan­ger ce boîtier pour un plus perfor­mant, surtout pour les photos d’oi­seaux, ces problèmes m’y incitent un peu plus... mais en même temps, je me dis que les photos ratées parce que mal exposées le sont par ma faute, puisque je n’ai pas vu que j’étais en mode manuel.

Tout ça me contra­rie d’au­tant plus que je ne suis plus serein depuis quelques temps, et que je m’inquiète, peut-être à tort, de ce que décidera demain l’on­co­logue avec qui j’ai rendez-vous à 9 heures du matin, m’obli­geant à partir d’ici avant 8 heures. Comme je l’ai dit, l’in­fir­mier m’a parlé de cathéter à demeure, peut-être de chambre sous-cutanée dans laquelle seraient injectés les produits de chimiothérapie. Et comme je suis plus porté à voir le mauvais côté des choses, j’ima­gine peut-être cette période plus longue et plus diffi­cile qu’elle le sera en réalité ?

N’être pas encore suffi­sam­ment remis de l’opération, à mon goût, avec ces douleurs persis­tantes, avoir en vue ces déplace­ments multiples (une heure de route pour Valence, autant au retour !) à un rythme que j’ignore encore, et cette fatigue due au trai­te­ment, ce trai­te­ment qui va durer des semaines, c’est ce qui m’inquiète.

Il y a trois mois, j’avais l’im­pres­sion que ma seule détermi­na­tion à guérir suffi­rait pour y arri­ver, l’opération ne me faisait pas peur, la chimiothérapie non plus. Aujourd’­hui, je doute de tenir le coup sur une longue distance, moi qui suis habitué à régler les problèmes en un tour­ne­main et qui supporte très mal les projets à long terme...

Malgré tout celà, j’ai fini par réussir à remon­ter le coupe-bordure, avec diffi­cultés mais c’est fait et il fonc­tionne. Reste à savoir combien de temps mon rafis­to­lage tien­dra, me permet­tant de remettre à plus tard le rempla­ce­ment de cet appa­reil.

 

Fatigué !

Oui, fatigué ! fatigué de me réveiller souvent la nuit, parce que j’ai besoin de chan­ger de posi­tion, ou parce que j’ai entendu un bruit... et de mettre souvent très long­temps à me rendor­mir. Pire, ce matin, l’alarme de la station météo malen­con­treu­se­ment activée hier soir s’est mise à sonner à 6 heures ! Le temps de réagir, de me lever, d’al­ler jusqu’au séjour pour l’arrêter, d’en profi­ter pour aller aux toilettes puis boire une gorgée d’eau, il m’a fallu un sacré moment pour retrou­ver une respi­ra­tion calme, et je n’ai dû me rendor­mir qu’après 6h30.

À midi, j’avais rendez-vous avec la kiné pour une séance à son cabi­net. Pouvant conduire et me déplacer seul, c’est plus pratique pour elle, et certai­ne­ment pour moi, d’uti­li­ser ses instal­la­tions. Après quelques exer­cices respi­ra­toires en posi­tion allongée sur le dos puis sur un côté et l’autre, elle m’a fait travailler la mobi­lité de mon dos d’abord assis sur un ballon, avec des mouve­ments latéraux puis antéro-postérieurs. La dernière étape a été à plat-ventre sur la table d’exa­men : quelle que soit ma posi­tion, au niveau dorsal, c’est raide et ça ne se déplie pas. Le problème est que ça doit dater de si long­temps que je crains que tous ces exer­cices n’ar­rivent pas au but recherché.

Je dois dire que je suis rentré encore plus fatigué, ayant forcé tant sur l’am­pli­tude respi­ra­toire que sur les tenta­tives de mobi­li­sa­tion dorsale, et que je me suis offert une longue sieste, hachée elle aussi, comme les nuits... et pas aussi répara­trice que souhaité.

Je crois que c’est ce qui m’inquiète le plus pour les séances de chimiothérapie qui deman­de­ront des déplace­ments multiples et réguliers et qui vont, je n’en doute guère, accen­tuer cette fatigue... et réduire encore plus mon acti­vité.

Rendez-vous avancé !

Alors que je le trou­vais déjà trop proche de la date d’in­ter­ven­tion, le rendez-vous avec l’on­co­logue a été avancé à jeudi 28 avril au lieu de lundi 2 mai. Je saurai donc plus tôt que prévu ce qu’il décidera en fonc­tion des comptes-rendus opératoire et anatomo-patho­lo­gique, et s’il faudra qu’il fasse vali­der sa décision en RCP, comme ça avait été le cas pour celle de commen­cer par la chirur­gie. J’espère qu’il me lais­sera quand même un peu de temps encore avant de démarrer les séances que je ne suis pas pressé d’en­tre­prendre, comme je l’ai déjà laissé entendre...

En atten­dant, hier j’ai fini par me décider à m’oc­cu­per du coupe-bordure, dont j’ai commencé à démonter la partie haute : le courant passe bien au-delà du contac­teur. J’ai donc tout remonté avant de m’at­taquer au démontage de la partie basse, beau­coup plus diffi­cile à ouvrir et que je crains de ne pas savoir remon­ter. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est que la cause de la panne est bien parti­culière : pour une raison incon­nue et diffi­cile à imagi­ner, la patte sur laquelle est connecté un des deux fils d’ali­men­ta­tion a cassé net, au ras du moteur, dans une pièce en plas­tique que je ne peux extraire. À force de brico­ler, mes douleurs thora­ciques commençaient à être trop vives pour conti­nuer. J’ai donc laissé en attente, hier soir, avec l’idée de tenter de souder un connec­teur stan­dard que j’avais réussi à insérer et à plus ou moins bloquer contre le reste de la pièce à l’intérieur du moteur.

Ce matin donc, pas très convaincu, j’ai tenté la soudure : impos­sible de faire adhérer celle-ci à la pièce en laiton et au connec­teur inséré. Au moindre mouve­ment du connec­teur, tout se défaisait. Plusieurs tenta­tives ayant échoué, je suis reparti d’un autre connec­teur et je me suis contenté de le bloquer avec du gel de sili­cone, en en mettant aussi à l’intérieur du moteur, dans l’es­poir qu’il puisse s’op­po­ser aux vibra­tions et arrive à main­te­nir la pièce : en effet, si elle glisse et descend, elle entrera en contact avec les ailettes du moteur et fera tout explo­ser si le circuit électrique n’est pas rompu avant. Je m’at­tends de toutes manières à ce que ça ne tienne pas long­temps et à devoir rache­ter un coupe-bordure, car je ne suis pas certain de pouvoir encore trou­ver un bloc-moteur de rechange pour ce modèle rela­ti­ve­ment ancien.

 

Anapath

Hier matin, j’ai téléphoné à la secrétaire du chirur­gien pour lui deman­der de bien vouloir me trans­mettre une copie des résultats de l’ana­lyse anatomo-patho­lo­gique de la tumeur et des différents éléments prélevés par le chirur­gien.

Dans l’après-midi, ces résultats me sont parve­nus, avec du plus et du moins. En ce qui concerne le type de la tumeur, adénocar­ci­nome mixte, j’ignore quelle signi­fi­ca­tion pronos­tique il a, le cancérologue me le dira certai­ne­ment. Sur neuf ganglions pulmo­naires, trois seule­ment sont touchés ; sur dix ganglions médias­ti­naux, cinq sont indemnes. Bonnes nouvelles : la zone adhérente postérieure haute est dénuée de cellules malignes, idem pour le liquide pleu­ral. L’adhérence scis­su­rale au lobe inférieur est elle aussi dépour­vue de cellules malignes : peut-être aurait-il été possible de conser­ver ce lobe inférieur ? Facile à envi­sa­ger a poste­riori, certai­ne­ment beau­coup plus diffi­cile pour le chirur­gien en cours d’in­ter­ven­tion !

N’ayant pas eu l’im­pres­sion d’être plus soulagé, hier dans la journée, par l’ibu­profène que précédemment par le paracétamol, je n’ai pris, hier soir, ni ibuprofène, ni paracétamol. La nuit, toujours hachée, n’a pas vu se réveiller de douleurs plus fortes et ce matin, je n’ai donc pas non plus pris d’an­tal­gique. Je vais tenter de conti­nuer ainsi et d’en­du­rer cette gêne doulou­reuse, habi­tuel­le­ment suppor­table bien que pénible par sa persis­tance, en essayant d’éviter des mouve­ments et posi­tions qui pour­raient ravi­ver la douleur.

Dernier pansement

Sauf inci­dent, le dernier panse­ment a été fait ce matin sur la cica­trice du drain. La plaie opératoire est déjà sans panse­ment depuis quelques jours ; d’ici 48 ou 72 heures, celle du drain devrait y être à son tour.

J’en ai profité pour inter­ro­ger l’in­fir­mier sur la chimiothérapie, puisqu’il m’avait dit en surveiller parfois. Selon lui, j’au­rai une "voie centrale", c’est à dire un cathéter à demeure permet­tant d’injec­ter les produits de chimiothérapie sans devoir piquer une veine à chaque fois. Il y aura bien sûr les prises de sang de contrôle. Bref, les piqûres ne manque­ront pas, la fatigue non plus, très proba­ble­ment...

En vue de mon rendez-vous avec l’on­co­logue, et surtout pour en avoir une copie, j’ai demandé à la secrétaire du chirur­gien de me faire parve­nir les résultats anapath, ce qu’elle devrait faire par mail dans la journée. Je saurai ainsi ce qui a été conta­miné et ce qui ne l’a pas été.

La douleur étant toujours présente, j’ai tenté ce matin de rempla­cer le gramme de paracétamol par 400mg d’ibu­profène, mais je n’ai pas l’im­pres­sion que ce soit plus effi­cace ! J’ai passé quelques instants assis sur une chaise pour un petit brico­lage, et la douleur s’est nette­ment amplifiée. J’en suis à me deman­der si ça vaut la peine de conti­nuer à avaler ces antal­giques... Je me demande si je vais trou­ver le courage de démonter mon coupe-bordure, d’au­tant que je ne sais vrai­ment pas où peut se produire ce faux-contact qui le met actuel­le­ment en panne.

Avec ces douleurs persis­tantes, mon envie de désher­ber, même en y allant tout douce­ment, s’est envolée. Pour­tant, dans les anciens frai­siers, le pota­ger ou les zones fleu­ries devant le salon et près de la terrasse, il faudrait le faire ! Mon épouse s’en occupe un peu, mais j’ai­me­rais bien ne pas lui lais­ser tout le travail !