Cancer du poumon : quand le ciel vous tombe sur la tête !

Il fait chaud !

Nous avons entendu les cigales, la semaine dernière. Oh, pas beau­coup, mais ça doit être la quatrième fois en huit étés ici. Jusqu’à présent, on n’en avait entendu qu’une ou deux au loin, là, c’était au moins le double ou le triple, et plus proches... Il faut dire que la tempé­ra­ture avait plusieurs fois dépassé 35°, ce qui n’était encore jamais arrivé depuis que nous vivons ici. Mais quand la tempé­ra­ture a baissé, j’en ai entendu deux — mais peut-être était-ce la même ? — qui m’ont fait penser qu’elles avaient leurs piles en fin de vie, déjà. Il devrait de nouveau faire plus chaud dans les jours qui viennent, peut-être se réveille­ront-elles ?

En tout cas, je crois que c’est le pire été — et nous n’en sommes encore qu’au tiers — que nous ayions connu ici. La campagne est grillée, le jardin aussi. Nous sommes seule­ment en "alerte séche­resse", ce qui nous inter­dit d’ar­ro­ser le jardin entre 9 et 20 heures, alors qu’il est pour­tant arrivé ces dernières années que le niveau soit beau­coup plus restric­tif, mais nous n’ar­ro­sions alors quasi­ment pas avec l’eau du robi­net. Depuis six ans, je n’ar­ro­sais en effet pratique­ment plus avec l’eau du robi­net, "l’eau du Rhône" comme on dit ici, mais cette année, impos­sible d’y échap­per ! Les deux cuves de récu­pé­ra­tion d’eau de pluie sont quasi­ment vides et ne servent qu’à empê­cher tomates, hari­cots, auber­gines et salades de sécher sur pied. Les dernières fram­boises étaient micro­sco­piques, un pied de myrtille a grillé, les ginkgo faisaient triste mine, ne parlons pas des frai­siers dont certains, pour­tant proté­gés par l’ombre de l’aman­dier, sont défi­ni­ti­ve­ment morts : il a fallu arro­ser tout ça, sauf cette zone de frai­siers perdus à jamais... Les quelques orages et averses que nous avons eus il y a une quin­zaine n’ont servi à rien, même quand nous avions l’im­pres­sion qu’il pleu­vait bien et que ça ferait du bien aux plantes. Les cuves de récu­pé­ra­tion d’eau de pluie ne se sont guère remplies, et il y a peu de chances pour qu’elles le soient dans les jours qui viennent.

Ces derniers temps, nous avions des moineaux qui faisaient du raffut, nichant proba­ble­ment sous les tuiles, des mésanges et quelques char­don­ne­rets, des fauvettes qui chan­taient à tue-tête jusque dans le prunus qui est devant mon bureau. Ce matin, je n’en­tends les fauvettes qu’au loin, juste quelques moineaux à proxi­mité. Et nous ne voyons plus dans le jardin que le rouge-queue et surtout une merlette pas farouche qui vient faire son marché et a décou­vert qu’elle peut nous piquer des myrtilles ! La séche­resse doit contraindre ces oiseaux à aller cher­cher leur pitance dans les bois. Ah tiens ! une fauvette vient de reve­nir dans un prunier, je me régale à l’en­tendre discu­ter avec ses congé­nères au loin !

Arro­ser avec l’eau du robi­net veut dire rester un moment statique devant chaque plante ; arro­ser ce pota­ger avec l’eau de récu­pé­ra­tion veut dire remplir et trim­bal­ler deux arro­soirs à chaque voyage. C’est lourd ! Vous pouvez peut-être imagi­ner ma fatigue et l’état de mes lombaires qui ne supportent ni l’im­mo­bi­lité, ni le port de charges. Heureu­se­ment que, souvent, mon épouse s’oc­cupe de ce trans­port pour m’épar­gner, me lais­sant arro­ser à mon idée !

J’ai malgré tout l’im­pres­sion de me sentir mieux après les séances de réédu­ca­tion, d’être capable de plus en faire. En plus de longs massages, je fais main­te­nant des exer­cices d’éti­re­ments à toutes les séances (mes ischio-jambiers sont sacré­ment tendus, et ça ne semble pas s’amé­lio­rer pour l’ins­tant !), du vélo d’ap­par­te­ment et du step­per (que je déteste toujours autant). Mais en milieu de semaine passée, j’ai déchanté ! Il m’a fallu amener la voiture chez le gara­giste, oh pas loin, un peu plus de trois cents mètres, et en reve­nir à pied : la moitié en léger faux-plat montant, puis en descente, en quit­tant la route prin­ci­pale, jusqu’à la maison. J’y suis arrivé bourré de douleurs de cuisses, hanches, fesses... pas trop de mal au dos cette fois, je dois dire. Mais le pire est qu’il a fallu retour­ner la cher­cher et donc monter jusqu’à la route : une fois arrivé là avec diffi­cul­tés, je me serais bien assis un moment pour récu­pé­rer, mais rien ne me le permet­tait... Je suis arrivé au garage si essouf­flé que j’avais du mal à parler. J’étais bien content de pouvoir reprendre ma voiture pour rentrer à la maison ! Quand je pense que la kiné m’a demandé de marcher et encore marcher... Si trois cents mètres m’épuisent, comment faire, surtout en ce moment où la chaleur est impor­tante ? Et je n’aime pas la chaleur ! pas plus que le froid, d’ailleurs...

Jeudi, j’au­rai ma prochaine séance de massage et réédu­ca­tion, avant une pause de deux semaines pour cause de vacances de ma kiné ! Pas sûr que j’ar­rive à faire seul des exer­cices d’éti­re­ments et de renfor­ce­ment muscu­laire. Enfin, j’en serais peut-être capable, mais comme dit la chan­son "j’y pense, et puis j’ou­blie"...

J'voudrais ben !

Mais j’peux point... comme disait la chan­son.

Toujours cette fati­ga­bi­lité, même si j’ai l’im­pres­sion d’être capable d’en faire un peu plus qu’a­vant. Mais il y a peu, juste avant la cani­cule, j’avais décidé de sortir de terre de grosses pierres qui m’avaient servi, au début où nous étions ici, à proté­ger une plan­ta­tion de frai­siers des bois qui, hélas, n’ont pas survécu l’an dernier au manque d’en­tre­tien et d’ar­ro­sage. Pour sortir ces pierres de plus d’un kilo chacune, il m’a fallu utili­ser la binette, et j’ai eu à chaque fois du mal à en sortir trois d’af­fi­lée, devant m’ar­rê­ter pour souf­fler et reprendre un peu de force, ce qui m’a pris deux ou trois jours en tout. Ensuite, il a fallu les mettre dans la brouette, deux par deux quand possible, bien souvent une par une : mêmes diffi­cul­tés ! Et enfin, trans­por­ter le tout jusque contre la maison : j’ai bien cru ne pas pouvoir soule­ver les bras de la brouette, pleine à débor­der, pour la dépla­cer d’une dizaine de mètres ! Je n’ai ensuite pas été capable de la vider complè­te­ment, pierre par pierre et j’ai dû lais­ser mon épouse termi­ner le travail !

Ceci fait, il m’a fallu enle­ver toutes les mauvaises herbes qui avaient envahi cette zone d’un mètre-carré et demi envi­ron, puis trou­ver de la terre pour combler les trous qu’a­vaient lais­sés les cailloux. Près de là, j’avais un grand rectangle qui avait aussi abrité des frai­siers, Mara des bois et Garri­guettes, dont une bonne partie avait subi le même sort que celles des bois, rectangle protégé par des bordures en bois et surélevé par rapport à la pelouse. Pour simpli­fier le passage de la tondeuse, il fallait, comme pour l’an­cienne zone des fraises des bois, rendre cette partie à la pelouse. Les bordures enle­vées, là encore il a fallu arra­cher les mauvaises herbes pour atteindre la terre à récu­pé­rer pour la trans­por­ter à-côté. Et là encore, c’étaient trois coups de binette ou de pelle avant cinq minutes de récu­pé­ra­tion ! La chaleur étant arri­vée là-dessus, il n’a plus été ques­tion pour moi de conti­nuer, ça atten­dra la fin de l’été, je pense. Il m’en reste les deux-tiers à faire.

Bref, les travaux du jardin main­te­nant sont surtout d’ar­ro­ser les tomates, hari­cots et salades, et de temps en temps les frai­siers et les myrtilles, parfois les ginkgo qui ont pris un gros coup de chaud il y a quelques semaines, lorsqu’il y a eu une longue période de vent sans pluie, et où la fraî­cheur m’a fait oublier le manque d’eau. Comme je n’aime pas utili­ser "l’eau du Rhône" comme on dit ici (bien qu’à ma connais­sance, elle ne vienne pas du fleuve), le pota­ger est arrosé à l’eau de pluie, ce qui veut dire qu’il nous faut nous trim­bal­ler, mon épouse ou moi, avec deux arro­soirs entre les cuves de récu­pé­ra­tion et le pota­ger. Au bout de quatre voyages, je suis en géné­ral hors-service, obligé d’al­ler m’as­seoir. Ces derniers jours, nous avons eu des averses : ça a dû sécher aussi­tôt que tombé. Aujourd’­hui, la météo nous prévoyait des orages et des averses : rien en cette fin d’après-midi. Les frai­siers ont une sale tête, et le secteur est déjà en alerte séche­resse, ce qui veut dire que l’ar­ro­sage, en dehors de celui avec l’eau des cuves, est inter­dit entre 9 heures du matin et 8 heures du soir. Je sens qu’il va me falloir me lever tôt demain matin pour arro­ser un peu avec l’eau du Rhône, s’il n’y a pas d’averses dans la nuit...

Ne parlons pas de remuer les compos­teurs : le faire dans celui où nous mettons des déchets de cuisine et un peu de ceux de jardin m’épuise. Pour­tant l’es­pèce de tire-bouchon d’une quin­zaine de centi­mètres de diamètre que j’avais acheté est très pratique, mais au bout de trois fois où je le visse et le soulève pour bien mélan­ger, j’ai un mal fou à attaquer la quatrième, et il faudrait au moins le faire six fois pour bien mélan­ger anciens déchets et nouveaux. Du coup, le deuxième, l’an­cien où nous ne mettons que des déchets de jardin, est délaissé, je me contente seule­ment de l’hu­mi­di­fier de temps à autre pour que les vers ne meurent pas. Il faudrait que j’y écrase les déchets un peu trop secs, mais je n’ai pas le courage...

Tout ça n’est pas bon pour le moral ! Bien souvent, j’ou­blie pour­tant ces restric­tions, et je me lance dans des choses qui, très rapi­de­ment, me rappellent à l’ordre.

Malgré la chaleur et la séche­resse, il y aurait des choses à faire dans le jardin, comme tailler certaines haies, rabattre un peu les forsy­thias qui débordent (on les avait épar­gnés cet hiver, pour les lais­ser fleu­rir), désher­ber, suppri­mer les fleurs fanées et branches sèches, et pouvoir profi­ter de ce qui finit de fleu­rir ou au contraire commence, comme les althéas. Heureu­se­ment que mon épouse ramasse les groseilles, les cassis qui produisent beau­coup cette année et qui sont très parfu­més, les fraises qui arrivent à la fin de leur première produc­tion alors que certains frai­siers sont de nouveau en fleurs, les fram­boises qui, elles, commencent depuis peu à produire. Moi, j’en serais inca­pable.

Jeudi dernier, enfin, j’avais mon premier rendez-vous avec la kiné­si­thé­ra­peute dont j’es­père qu’a­près m’avoir débar­rassé l’an dernier de mes douleurs costales après l’opé­ra­tion, elle arri­vera à amélio­rer mes lombal­gies et à retrou­ver la force muscu­laire dont je manque. La première séance a commencé par un massage de toute la colonne et des épaules, pendant que je lui racon­tais un peu l’his­to­rique de ces douleurs. Elle a enchaîné par des étire­ments au niveau des hanches et des lombaires. Puis elle m’a mis à plat-ventre sur un gros ballon pour que je complète moi-même les étire­ments lombaires. Rien de fati­gant donc.

Mais hier avait lieu la deuxième séance. Je suis rouillé depuis des années, et là, j’ai dérouillé ! Je peux dire qu’elle ne m’a pas ménagé. Elle m’a fait commen­cer par des exer­cices assis sur le gros ballon, à faire des mouve­ments de bascule laté­rale pour étirer les lombaires. Mes mains posés sur le rebord de la fenêtre d’un côté et sur le divan d’exa­men de l’autre, j’ai vite eu plus mal aux épaules qu’aux lombaires. Il m’a fallu faire ça pendant plusieurs minutes avant qu’elle passe au massage de toute la colonne verté­brale. Une fois celui-ci terminé, elle m’a fait remettre sur le dos et m’a fait main­te­nir, au moins deux minutes de chaque côté, le pied en l’air en utili­sant une sangle sous la plante du pied, que je main­te­nais des deux mains, en essayant d’al­ler le plus haut possible sans avoir trop mal. Après ça, je pensais que c’était terminé et que j’al­lais renter chez moi, mais non ! Il m’a fallu faire encore cinq bonnes minutes de vélo d’ap­par­te­ment, moi qui déteste ça sur mon propre home-trai­ner (et là, je n’ai pas du tout appré­cié la selle). Je commençais à vrai­ment être cuit de cette accu­mu­la­tion d’ef­forts, surtout touchant des muscles au repos depuis bien long­temps, j’avais déjà bien mal aux épaules, mais il m’a fallu essayer de faire trois minutes de step­per et là, j’ai craqué avant la fin des trois minutes. Je n’au­rais jamais cru que cet appa­reil soit si diabo­lique! Je suis rentré à la maison en me deman­dant où je n’avais pas mal... Et quand je suis allé m’al­lon­ger, une heure plus tard, pour faire ma sieste, je ne savais pas comment me mettre pour être bien ! Bref, elle m’a mis K.O. !

Quand je me suis réveillé de ma sieste, j’ai repensé à l’été 1989. Cette année-là, nous devions aller passer des vacances dans les Landes chez une tante et un oncle, et j’avais décidé d’en profi­ter pour faire pour la première fois de ma vie une virée de 100 km à vélo. Je l’ai fait, puis quelques jours plus tard, je me suis offert un circuit de 135 km plus diffi­cile dans la même région, avant de faire une semaine plus tard 120 km dans l’Au­brac entre Onet-le-Château où nous étions venu visi­ter un frère de ma première épouse et sa famille, et Laguiole où je comp­tais rache­ter des couteaux. Virée diffi­cile (je n’ai jamais aimé les montées...), fati­gante mais très agréable. Sauf que ces liber­tés que j’avais prises n’étaient pas du goût de celle-ci et qu’elle a alors décidé que je n’exis­tais plus et ne m’a plus parlé pendant un an, avant que j’ac­cepte de divor­cer... Ceci dit, une fois revenu en Provence, je me suis aperçu que ces efforts épui­sants que je venais de faire avaient porté leurs fruits : dans certaines côtes de mes circuits habi­tuels, je roulais presque 50 % plus vite qu’a­vant les vacances !

Reste donc à espé­rer que ces douleurs chez la kiné­si­thé­ra­peute auront le même effet que ces gros efforts de l’été 1989 et que j’ar­ri­ve­rai bien­tôt à reprendre une acti­vité physique plus adap­tée à mon âge, malgré ce poumon en moins, cette anémie et cette insuf­fi­sance rénale sur lesquels il n’est pas possible d’agir...

Déçu !

Depuis des mois, je proje­tais de retour­ner voir mon généraliste pour faire le point et le tenir un peu plus au courant de mon état que ce que lui ont écrit le pneu­mo­logue et le cancérologue. Ayant reçu il y a quelques temps un rappel pour le dépistage du cancer colo-rectal (j’avais négligé le précédent cour­rier, arrivé l’an dernier peu avant la découverte de ce cancer du poumon), c’était l’oc­ca­sion de me décider et d’al­ler surtout me plaindre de mes douleurs et ballon­ne­ments coliques et de l’ag­gra­va­tion de mes douleurs lombaires basses depuis l’épisode de la chimiothérapie, et de lui parler de mes divers autres petits maux et de voir ce qu’on pour­rait faire pour améliorer tout ça.

Mon épouse ayant eu besoin de le consul­ter, je lui avais demandé d’en profi­ter pour prendre rendez-vous pour moi. C’était il y a onze jours.

À ce moment-là, au niveau diges­tif, c’étaient des ballon­ne­ments et une sensi­bi­lité colique majorés depuis l’épisode de colite liée à un produit de chimiothérapie qui me pertur­baient surtout la nuit, me tenant parfois long­temps réveillé vers 3 ou 5 heures du matin. J’at­ten­dais parfois vaine­ment l’ex­pul­sion de ces gaz et la dimi­nu­tion de la dila­ta­tion colique, et donc de ces douleurs. Certaines nuits se passaient bien, d’autres très mal...
Au niveau lombaire, avant l’in­ter­ven­tion, j’avais en réalité plus mal au niveau de la fesse droite, de la hanche, une brûlure plus suppor­table sur le côté de la cuisse, qu’au rachis lui-même. Parfois, à la marche, une douleur scia­tique gauche se réveillait au niveau de la fesse. Marcher était diffi­cile, me pencher aussi, mais j’y arri­vais en serrant parfois les dents. Depuis le prin­temps dernier, avec l’épuise­ment dû au trai­te­ment et la fonte muscu­laire, les douleurs se sont accentuées et modifiées. Que je marche ou reste debout à piétiner, la douleur s’est faite plus intense au niveau de la crête iliaque droite, au-dessus de la fesse ; la brûlure (fesse, hanche et cuisse) ne s’est pas trop accentuée, mais j’en souffre depuis si long­temps que j’ai dû m’y habi­tuer.

L’été passé, cher­chant un embal­lage dans le placard de mon bureau, il m’a fallu monter sur un petit esca­beau : je me suis retrouvé sans problème sur la première marche, du pied gauche ; il m’a par contre fallu m’y reprendre à trois fois avant que la cuisse droite ait la force de me soule­ver ! Depuis, je ressens en perma­nence cette faiblesse muscu­laire. Si j’ai besoin de travailler au sol et de mettre un genou à terre, de m’ac­crou­pir (j’évite) ou de m’as­seoir, impos­sible de me rele­ver si je ne dispose pas d’un appui pour utili­ser mes bras : les muscles de mes cuisses n’ont plus suffi­sam­ment de force de soule­ver mon poids, d’au­tant qu’après ma perte de poids du prin­temps, j’ai repris presque autant de kilos, à mon grand désespoir.

Ces douleurs, si anciennes bien qu’ag­gravées depuis un an, je vivais avec, prenant parfois un anti­spas­mo­dique avant de me coucher, histoire d’espérer mieux dormir, ou du paracétamol bien peu effi­cace sur la douleur scia­tique (même plus d’ef­fet placebo !).

Le jour où mon épouse a pris ce rendez-vous, j’ai eu à faire beau­coup de route : deux heures et demie de conduite, puis une heure et demie comme passa­ger, trois bonnes heures debout à piétiner et discu­ter avec diverses personnes, puis retour, une heure et demie comme passa­ger, deux heures et demie à conduire. Envi­ron huit heures de route donc, et plus de trois heures debout : une rude journée ! Vers la fin de la station debout, une sensa­tion bizarre m’a fait toucher mes cuisses : toute leur face externe, ainsi que celle des fesses, était comme anesthésiée. Je ne faisais pas atten­tion à la douleur lombo-scia­tique, proba­ble­ment trop habitué. La conduite au retour n’a pas été trop pénible, mais en sortant de la voiture, l’an­ky­lose était là et je m’at­ten­dais à ce qu’elle s’ag­grave les jours suivants. Je n’ai pas regretté d’être rentré le jour-même, pas sûr que j’au­rais été capable de reprendre le volant le lende­main.

Ne voulant pas passer trop de temps à expliquer au généraliste mes divers maux comme les brûlures et autres soucis oculaires, mes acouphènes et ma rhinite vaso­mo­trice, ma fatigue et mon essouf­fle­ment, mes démangeai­sons, j’avais préparé un résumé se termi­nant par l’évoca­tion des douleurs lombaires et coliques comme motifs de consul­ta­tion, sur lesquels je pensais m’étendre. J’avais aussi l’in­ten­tion de lui deman­der s’il pensait qu’une consul­ta­tion de rhuma­to­lo­gie ou un bilan fait par la kinésithérapeute qui m’avait si bien soulagé après l’opération lui semblait utile.

Mais entre­temps, pour une raison qui m’échappe, à moins que ce ne soit une conséquence de ce déplace­ment fati­gant, je me suis retrouvé avec des douleurs prenant à la fois l’aile iliaque, au-dessus de la fesse, et la fosse iliaque droite, partant du rachis et touchant tout le côté droit, à me faire pous­ser des "Aïe" sonores, inca­pable de détermi­ner si c’était un mouve­ment du rachis ou une contrac­tion de ce qui me reste d’ab­do­mi­naux qui les déclen­chait. J’espérais donc qu’un examen rachi­dien et une palpa­tion abdo­mi­nale, précédés d’un inter­ro­ga­toire ciblé, me permet­traient d’avoir son avis. Je pensais aussi pouvoir lui racon­ter un peu l’his­toire de ces douleurs.

Pour ce qui est des douleurs coliques, elles remontent à ma période d’in­ter­nat au lycée, je ne me souviens pas en avoir souf­fert avant. Souvent, et en général les jours de prome­nades en campagne, lorsque la sortie du dimanche chez mon corres­pon­dant était annulée (pour une colle par exemple, car elles pleu­vaient à l’époque) ou le jeudi, je finis­sais souvent la soirée en allant voir l’in­firmière qui me faisait avaler une dose d’Élixir parégorique, puis j’al­lais me coucher, à plat-ventre sur une écharpe, pour attendre la dimi­nu­tion de la douleur et l’en­dor­mis­se­ment. Depuis, je me suis souvent plaint de telles douleurs, colite de stress...

Les douleurs lombaires, quant à elles, datent de l’ado­les­cence. Une brutale poussée de crois­sance vers 13–14 ans (pendant ma deuxième année d’in­ter­nat) a provoqué des empreintes dans les vertèbres lombaires et dorsales basses, sans douleurs parti­culières, et qui n’ont été décelées que bien plus tard. Mala­die de Scheuer­mann, suivie quelques années plus tard par l’ap­pa­ri­tion de lombal­gies. Il faut dire que mes parents avaient alors acheté un bout de terrain pour y faire construire une maison, terrain qui était une ancienne vigne et qu’il a fallu débarras­ser de tonnes de cailloux que nous allions jeter à la rivière, à deux ou trois cents mètres de là, en brouette, puis dans des vieux seaux à pein­ture, chargés dans le coffre de la 4L. Remuer la terre, la passer au crible, remplir la brouette ou les seaux, trans­por­ter, vider : pas très bon pour des lombaires fragiles. De plus, je faisais de l’athlétisme à l’époque : courses de vitesse mais aussi saut en longueur qui ne ménageait pas ces lombaires. Plus tard, des épisodes de vrais lumba­gos, même de scia­tique droite allant jusqu’au pied, par exemple en remet­tant en place le marbre d’une commode (il faut serrer les dents pour finir le geste malgré la douleur et ne pas se lais­ser tomber le marbre sur les pieds) ou en tentant de déraci­ner une plante enva­his­sante, scia­tique heureu­se­ment résolu­tive en quelques instants, les lombal­gies étant plus durables.

Et puis un jour, lors d’une balade à vélo, sur une petite route, mon ex-femme qui roulait devant moi a fait un écart brusque, m’obli­geant à faire un gros effort d’évite­ment pour ne pas que ma roue avant touche sa roue arrière et qu’on chute tous les deux : appui brutal sur une pédale, déhanche­ment qui a ouvert la dernière arti­cu­la­tion, L5-S1, et une douleur intense est appa­rue, au bas des lombes, très loca­lisée, m’évoquant une entorse de l’ar­ti­cu­laire postérieure droite. Cette douleur s’est peu à peu atténuée, les confrères consultés n’ont pas imaginé de hernie discale malgré mes antécédents, puis les lombal­gies se sont de nouveau mani­festées. Lorsque j’étais en salle d’opération, à cette époque, puis dans mon cabi­net médical, il m’ar­ri­vait fréquem­ment de me pencher en contrac­tant les abdo­mi­naux et de faire craquer les lombaires : la douleur s’atténuait alors. Puis la douleur scia­tique fessière et de cuisse, à type de brûlure, est deve­nue perma­nente, légère mais perma­nente. Lors d’un scan­ner il y a neuf ans, j’avais demandé au radio­logue d’étudier ce disque L5-S1 : les vertèbres se touchaient presque, le disque étant très affaissé, témoin d’une hernie ancienne et de dégénération ; j’ima­gine que ça ne s’est pas arrangé depuis, mais je n’ai pas étudié mes scan­ners récents.

Bref, quand je suis arrivé chez le médecin, avec mon dernier scan­ner, mon dernier bilan biolo­gique et mes explo­ra­tions fonc­tion­nelles respi­ra­toires, plus ce résumé dont j’ai parlé au début, il s’est contenté de les scan­ner pour les intégrer à mon dossier, de me dire que je devrais dimi­nuer la dose d’an­ti­coa­gu­lant (pour sa toxi­cité rénale), mais ne m’a guère laissé décrire mes soucis actuels. Il m’a fait monter sur la balance puis m’al­lon­ger sur le divan d’exa­men, m’a ausculté, pris la tension, sans faire le moindre commen­taire, m’a discrètement palpé le ventre. C’était terminé. Je lui avais dit n’avoir pas été soulagé par des médica­ments pour les ballon­ne­ments, il m’en a pres­crit un autre sans m’en parler, a ajouté un anti­spas­mo­dique, a fait un résumé de mon dossier pour un rhuma­to­logue (à moi de choi­sir lequel) et fait une pres­crip­tion de vingt séances de massage et rééduca­tion lombaire, et voilà ! Ça change sacrément de ma manière de prendre du temps pour lais­ser les patient(e)s expliquer ce qu’ils ou elles ressen­taient, au temps où j’étais moi-même soignant !

 

Nouveau contrôle

Mardi dernier, nouveau scan­ner. Chose étonnante, ce jour-là, aucun retard ; la mani­pu­la­trice a pu me piquer sans faillir, l’exa­men s’est très vite terminé, avec juste un fort échauf­fe­ment lors de l’injec­tion du produit de contraste. Une compres­sion prolongée du point de ponc­tion a permis d’éviter un hématome. Le matin-même, je m’étais cogné le dos de la main et j’avais négligé de compri­mer : j’ai depuis un beau bleu !

Il me restait à attendre que le radio­logue analyse mes clichés, les compare si besoin aux précédents passés en janvier, et vienne me dire ce qu’il en était. L’at­tente m’a paru longue, mais il m’a annoncé une bonne nouvelle : aucune anoma­lie décelable actuel­le­ment. Ouf !

Deux jours plus tard, j’avais rendez-vous avec le cancérologue. Qu’a­vais-je à lui racon­ter ? Qu’hier j’avais eu très mal au dos, peut-être en lien au trajet en voiture, mais que depuis pas mal de temps main­te­nant, la station debout et la marche ne se contentent pas de réveiller la douleur lombaire basse, surtout au niveau de la crête iliaque, et la douleur scia­tique au niveau de la fesse et de la hanche, mais provoquent une douleur dorsale basse droite encore plus désagréable. Que les séquelles de la colite post-chimiothérapie sont de plus en plus pénibles, avec douleurs quasi perma­nentes, très gênantes de nuit si je me réveille vers 4 ou 5 heures, avec des ballon­ne­ments parfois très impor­tants qui me perturbent jour et nuit. Que je me sens toujours aussi fatigué et essoufflé au moindre effort. Ce que j’ai oublié de lui dire, c’est que ma rhinite s’est aggravée ainsi que mes acouphènes...

Malgré l’anémie persis­tante, la créatininémie encore un peu plus élevée que lors des précédents examens et quelques autres pertur­ba­tions biolo­giques, le cancérologue m’a semblé satis­fait, surtout de la norma­lité du scan­ner. Nous nous rever­rons dans quatre mois, après une nouvelle IRM cérébrale, un nouveau scan­ner et un nouveau bilan biolo­gique.

Nous avons convenu qu’il serait bien que je perde du poids, les dernières pesées me situant aux envi­rons de 81 ou 82 kg. Mais pour en perdre, étant donné que je ne mange pas beau­coup, il faudrait que je fasse régulièrement de l’exer­cice prolongé. Mais comment en faire alors que le moindre effort m’es­souffle (me doucher, me déshabiller et me mettre au lit...) et qu’il n’y a aucun espoir d’améliorer mon souffle ? Il faudrait aussi que je renforce mes muscles lombaires et dorsaux, peut-être aurais-je ainsi moins de douleurs ? Il faut dire aussi que fatigue et essouf­fle­ment ne me motivent vrai­ment pas pour faire de l’exer­cice... Il faudra que j’aille consul­ter mon généraliste, et peut-être bien faire un bilan sérieux et complet de mon état muscu­laire et arti­cu­laire avec ma kinésithérapeute ?

En atten­dant, j’ai de quoi faire au jardin, le vélo m’at­tend toujours dans le garage, de même que du range­ment à y faire, mais je ne m’en sens toujours pas le courage !

Le temps passe...

... et rien ne se passe !

Depuis des années, j’ai cette impres­sion bizarre qu’un jour il va se passer un événement qui va chan­ger ma vie, en mieux... Pour l’ins­tant, c’est plutôt en moins bien que les événements l’ont changée.

Il y a un an aujourd’­hui, je passais sur la table d’opération. J’espérais qu’on pour­rait ne m’en­le­ver qu’un lobe du poumon, que je ne serais ensuite que très peu gêné, que je trou­ve­rais le courage de remon­ter sur mon tandem, qu’on le mettrait sur le toit de la voiture pour aller rouler sur le plat, peut-être au bord du Rhône. Hélas, il ne me reste plus qu’un poumon, à peine plus de la moitié de ma capa­cité respi­ra­toire, et la chimiothérapie m’a laissé cette fatigue perma­nente, cette faiblesse muscu­laire et cette fati­ga­bi­lité, dont je pense qu’elles sont respon­sables des douleurs lombaires et dorsales basses diffi­ci­le­ment suppor­tables que je ressens dès que je reste quelques instants debout. Discu­ter debout, faire ma toilette, rester quelques minutes devant l’évier pour ouvrir quelques huitres deviennent vite insup­por­tables. Assis ou allongé, je ne les ressens pas ; si peut-être, la douleur de la fesse droite est là, lorsque je me tiens assis de travers sur mon fauteil de bureau.

Les modi­fi­ca­tions du trai­te­ment qu’a entraîné l’épisode d’aryth­mie, il y a trois mois, font que main­te­nant ma tension est bien stabi­lisée, mais avec pour conséquence des espèces d’étour­dis­se­ments lorsque je me lève de mon fauteuil ou du canapé, ou encore lorsque je me baisse ou me penche.

Des travaux m’at­tendent au jardin : je me demande tous les jours comment je vais pouvoir. Avant, j’étais souvent obligé de mettre une cein­ture lombaire lorsque je passais la tondeuse ; j’avais mal quand même, mais j’y arri­vais. Main­te­nant, je ne la passe plus... Avant, je trou­vais que brico­lage et jardi­nage deve­naient de plus en plus diffi­ciles, que marcher commençait à l’être aussi, avec la douleur dans la fesse droite, parfois la gauche, qui appa­rais­sait au bout de quelques pas. Main­te­nant, même marcher les cinquante mètres pour aller jusqu’aux boîtes aux lettres m’épuise. Si j’ai besoin de m’ac­crou­pir, me mettre à genoux ou m’as­seoir par-terre, il est indis­pen­sable que j’aie à proxi­mité de quoi me servir de mes bras pour m’aider à me rele­ver, sinon, je reste au sol !

Il y a plusieurs mois main­te­nant, histoire d’es­sayer de me refaire un peu de muscles, que je pense à rentrer mon vélo du garage et le mettre sur son home-trai­ner, bien que je pense que plus encore qu’a­vant, j’au­rai du mal à suppor­ter de pédaler à l’intérieur. Il y a quelques jours, profi­tant du fait que la voiture était restée dehors, je l’ai dépoussiéré avant de regon­fler ses pneus. Puis je l’ai regardé avec tendresse, et je l’ai laissé où il était ; je suis rentré et je l’ai oublié ! Mora­le­ment, j’en­caisse très mal la prise de cet anti­coa­gu­lant, dont en plus le cardio­logue m’a annoncé il y a trois mois qu’il n’avait pas d’an­ti­dote : la trouille m’a pris d’une chute à vélo ou à tandem si j’ar­ri­vais à retour­ner sur la route. Quand je pense qu’a­vant de faire cette énorme erreur d’arrêter de rouler, en 2000, j’avais alors besoin de trois heures de balade pour me sentir bien ; en deçà, je me sentais frustré !

Au début du mois, le pneu­mo­logue, après la prise de sang en humérale pour vérifier l’oxygénation, puis les explo­ra­tions fonc­tion­nelles respi­ra­toires, m’a dit que ça ne pouvait pas être mieux pour lui. J’en déduis qu’au­cune améliora­tion ne sera possible, et que donc je ne retrou­ve­rai jamais un meilleur souffle, même si j’ar­ri­vais à faire de la marche ou à remon­ter sur mon vélo. Plus d’es­poir ! Il va falloir suppor­ter toutes ces restric­tions.

Il y a un peu plus d’un an, je m’étais mis en tête qu’après l’opération, je retrou­ve­rais une vie presque normale. J’ai vite déchanté !

Parmi les effets secon­daires de la chimio, il y a cette augmen­ta­tion des acouphènes, surtout diffi­ciles à suppor­ter la nuit ou au matin après le réveil, lorsque tout est calme. En plus des siffle­ments aggravés, il y a dans l’oreille gauche, et appa­rem­ment unique­ment en posi­tion couchée, un bruit qui me fait penser à celui d’une pétrolette, un peu plus sourd peut-être, et qui disparaît au bout de quelques instants. Autre conséquence probable de la chimio et de la crise de colite majeure que j’avais eue, j’ai en perma­nence cette douleur, espèce de brûlure de tout le colon, que les ballon­ne­ments aggravent. Quoi que je mange, ça ballonne et ça fait mal. Parfois, en plus, il y a les spasmes, plus diffi­ciles encore à suppor­ter.

Alors je passe le plus clair de mon temps devant mon écran, plus encore qu’a­vant. Et à force de cliquer sur ma souris, surtout si je n’ai pas à faire sur les sites et que je joue au mah-jong, ou encore lorsque j’ex­plore page par page les registres d’état-civil en ligne pour des recherches de généalogie, mon épaule droite est de plus en plus doulou­reuse... et ne parlons pas de mes yeux.

Dans quelques jours, il me faudra faire une prise de sang en vue du scan­ner puis de la consul­ta­tion chez l’on­co­logue, que je verrai dans deux semaines. J’ima­gine que mon état rénal ne se sera pas amélioré, pas plus que l’anémie, facteurs probables eux aussi de cette fatigue.
Comme précédemment, et surtout avec cette fatigue qui traîne, l’inquiétude est là de ce que pour­rait trou­ver le scan­ner et des conséquences que ça pour­rait avoir.

Mais comme l’a dit l’on­co­logue il y a presque trois mois : "Mais à part ça, tout va bien !"...