Cancer du poumon : quand le ciel vous tombe sur la tête !

J'ai la moustache qui s'fait la malle !

Depuis quelques jours, c’est l’au­tomne ! Oh, je ne parle pas du temps qu’il fait, avec cet automne décalé de six mois, non, mais des poils de mous­tache et de barbe que je sème à tout vent depuis quelques jours. Peu à peu, les cheveux à leur tour ont commencé à tomber.

Le poils de barbe sur le devant de la chemise, les cheveux sur les épaules, sans comp­ter ceux qui restent sur le gant de toilette ou la brosse à cheveux... et ceux qui finissent au sol. C’est plus de les semer qui m’en­nuie que de ne plus les avoir sur le visage ou le crâne (encore que pour les cheveux, il y en a tant qu’il faudra encore plusieurs jours avant que ça se voie).

Ce qui m’en­nuie beau­coup plus, c’est cette conges­tion nasale qui s’est instal­lée depuis plusieurs jours et dont je ne sais pas quelle est l’ori­gine. Majo­rée la nuit, elle m’oblige à respi­rer par la bouche, ce qui l’as­sèche et me réveille, comme je l’ai dit il y a quelques jours. Les nuits ne sont pas aussi repo­santes qu’il serait néces­saire.

Pire, cette conges­tion s’ac­com­pagne de saigne­ments, en géné­ral faibles, avec présence de caillots frais ou secs si je me mouche, ce que j’évite donc, me conten­tant de tampon­ner. Hier matin, par contre, j’ai saigné douce­ment pendant au moins une heure.

Ce qui m’inquiète, c’est qu’en cas de saigne­ment plus fort, je vais être obligé de me rendre aux urgences, soit un bon moment de route, pour une prise en charge spécia­li­sée, avec proba­ble­ment injec­tion d’un anti­dote à mon anti­coa­gu­lant, en plus de soins locaux !

En dehors de ces soucis, mon appé­tit est presque revenu à la normale. Je n’ai pas rées­sayé la baguette dont la croute me gênait fort au niveau de la langue et par insuf­fi­sance de salive. Pour le petit-déjeu­ner, je préfère de la brioche qui passe beau­coup mieux, trem­pée dans le café ou pas. Les aliments un peu trop fort en goût, je les exclus quand même pour le moment. Certains aliments ont aussi changé de goût, ne me donnant aucune envie de les consom­mer.

Avec l’aide de pruneaux, j’ai réussi plus ou moins à gérer la consti­pa­tion qu’a entraî­née la chimio. Par contre, les douleurs coliques sont presque perma­nentes.

Le plus diffi­cile est de boire. L’eau ne passe pas, celle, miné­rale gazeuse, que je buvais habi­tuel­le­ment pas plus qu’une autre, même agré­men­tée d’un peu de jus de citron. Je suis obligé de me forcer à boire les sodas dont j’ai déjà parlé.

Sinon, malgré la fatigue des nuits incom­plètes, et de nouveau des diffi­cul­tés de concen­tra­tion liées à cette fatigue, j’ar­rive quand même à passer plus de temps sur mon écran, mais j’ai besoin de pauses sur mon fauteuil ou allongé sur mon lit, dans la pénombre, et je dois parfois me forcer pour me lever !

Dures, ces nuits !

Je me sentais mieux. J’en ai peut-être trop fait. Je me suis senti plus mal !

En début de semaine, j’avais eu besoin de passer la presque tota­lité de mes jour­nées allongé, suite à cette baisse de tension, dormant ou somno­lant. Il m’était impos­sible de me concen­trer sur quoi que ce soit, pas plus mon écran que mon bouquin. Je fermais donc presque complè­te­ment les volets de la chambre et je lais­sais passer le temps...

Depuis le dernier épisode, l’ins­ta­bi­lité et la fati­ga­bi­lité muscu­laire ayant dimi­nué après ce repos quasi inté­gral, je me suis un peu plus activé (oh, léger, léger, quand même) et surtout, jeudi et vendredi j’ai passé plus de temps dans le jardin, faisant le plein de pollens, arra­chant quelques mauvaises herbes, mais pas trop... et remuant mon compost, puis le lende­main essayant d’en trou­ver du bien mûr au fond du bac (pas facile d’al­ler si loin). Ensuite, il a fallu le trier pour éviter d’y lais­ser des vers, qui mour­raient hors du compos­teur. J’en ai récu­péré quelques-uns que j’ai pu remettre dans leur milieu. Bien que ça n’ait pas été un travail de force, j’étais cuit après avoir fini de l’épandre au pied de l’au­ber­gine et des tomates. J’ai donc ensuite traîné long­temps sur la terrasse à profi­ter de la tempé­ra­ture agréable, de la lavande déjà fleu­rie, des serin­gats lourds de leurs fleurs imma­cu­lées et autres rosiers et campa­nules, et des chants des merles et fauvettes.

Lorsque j’ai été sous corti­sone au moment de la cure de chimio­thé­ra­pie, ma rhinite avait presque disparu. Peu à peu elle est réap­pa­rue, et j’ai eu la malen­con­treuse idée de me dire que la compo­sante aller­gique était plus impor­tante que la compo­sante vaso­mo­trice et d’uti­li­ser en consé­quence un spray nasal anti­al­ler­gique. Rapi­de­ment, des saigne­ments de nez sont appa­rus. J’ai stoppé ce spray, ce qui s’est rapi­de­ment traduit par l’ap­pa­ri­tion d’une conges­tion nasale, toujours accom­pa­gnée de légers saigne­ments lorsque je me mouchais. Piégé : impos­sible d’uti­li­ser quoi que ce soit (les vaso­cons­tric­teurs me sont a priori inter­dits), il me faut subir en atten­dant de, peut-être, chan­ger d’an­tial­ler­gique per os ! Avec mon trai­te­ment anti­coa­gu­lant, un véri­table épis­taxis signi­fie­rait direc­tion immé­diate les urgences, à au moins une demi-heure d’ici !!!

Le problème est que ces épisodes de conges­tion nasale m’obligent à respi­rer par la bouche, et avec son état d’ir­ri­ta­tion actuelle liée à la chimio­thé­ra­pie, elle se dessèche très vite. C’est déjà désa­gréable de jour, mais c’est pire de nuit où les réveils se multi­plient, n’ai­dant pas à la récu­pé­ra­tion.

Si j’ar­rive assez bien à manger, sauf le pain, dont la croute m’est deve­nue très désa­gréable à la langue, ou certains aliments dont l’odeur me gêne, j’ai beau­coup de mal à boire ! J’ai eu beau chan­ger de marque d’eau miné­rale, lui ajou­ter un peu de jus de citron, elle a du mal à passer. Seuls le Coca et le Finley citron-sureau passent, en me forçant un peu quand même.

Depuis vendredi matin, j’ai repris à demi-dose mon bêta-bloquant. Je revien­drai proba­ble­ment à pleine dose demain et ajus­te­rai si ma tension baisse trop, de nouveau. Vendredi, il faudra que je fasse une prise de sang. Mes reins et globules auront-ils suffi­sam­ment supporté le choc pour qu’on puisse faire la prochaine séance dans huit jours ?

Cette première cure de chimio­thé­ra­pie n’a pas eu d’ef­fet sur mon problème de cordes vocales, hélas.

Ce matin, nous avions rendez-vous chez l’oph­tal­mo­logue. Enfin ! après huit mois d’at­tente... J’ai laissé mon épouse conduire ; j’au­rais presque pu m’en­dor­mir dans la salle d’at­tente puis au retour quand nous nous sommes arrê­tés au super­mar­ché, quand j’ai attendu dans la voiture que mon épouse fasse les quelques achats prévus, avant de rentrer. L’ap­pé­tit était là, à l’ar­ri­vée, mais la sieste a été trop courte, et je somnole encore...  Je crois que je vais bien­tôt retour­ner m’al­lon­ger un moment.

Ah, j’en avais oublié de dire que selon l’oph­talmo, les troubles visuels dont j’avais parlé il y a quelques mois seraient d’ori­gine vascu­laire (je n’en ai plus eu depuis, il me semble), mais sans préci­ser si c’était oculaire ou céré­bral (plus proba­ble­ment). Il a confirmé un début de cata­racte droite, et un peu à gauche aussi, et a augmenté ma correc­tion. Restera main­te­nant à trou­ver quand aller chez l’op­ti­cien, avec cette chimio en cours et le peu d’en­vie que j’ai de sortir de chez moi.

Je me fais violence !

Oui, je dois le dire : je me fais violence pour vous racon­ter encore mes tribu­la­tions au pays de la chimio !

Hier, je me suis levé avec une impres­sion de mieux-être, de moins de fatigue, mais en même temps d’ins­ta­bi­lité à la marche ou à la station debout. Obligé par exemple de prévoir de me rete­nir au mur pour pisser... les genoux qui flanchent, le pied qui ne se lève pas suffi­sam­ment et la tongue qui frotte un bord de carreau et me déséqui­libre. Pas de véri­table vertige, parfois un peu d’étour­dis­se­ment.

C’est vrai­ment spécial ce mélange de "je me sens mieux" et de "je manque de force" ou "je suis soûl". Depuis hier matin, je n’ar­rive en effet pas à rester long­temps hors de mon lit. J’ai besoin de piquer des roupillons fréquents ou au moins de rester allongé dans la pénombre. Du coup, j’ai tendance à oublier de boire, d’au­tant que je trouve un goût inha­bi­tuel à l’eau que je bois depuis des années.

Pour ce qui est des repas, le petit-déjeu­ner passe, seul le jus d’orange me paraît avoir une texture peu agréable. À midi, peu de choses : un peu de pois­son purée ou de mini-steak pâtes passe. Je n’ar­rive pas à appré­cier les fraises du jardin. Des cerises plus sucrées passent mieux.

La sensa­tion de mauvaise bouche a bien dimi­nué, mais il reste un manque de salive, une gêne au niveau de la gorge. Ma voix est toujours très alté­rée, défi­ni­ti­ve­ment ? Ce serait bien gênant ! J’ai toujours ces douleurs coliques, peu intenses mais traî­nantes. Les pico­te­ments au niveau des doigts, plus rare­ment des orteils ou les lèvres, sont bien présents. J’ai quelques plaques d’ir­ri­ta­tion au niveau des poignets, plaques qui démangent ; idem sur le dos du pied gauche, une qui m’a de plus réveillé cette nuit vers 2 heures, au point que j’ai failli me lever pour aller me tarti­ner de crème... Mais rien ne dit que ces irri­ta­tions sont liées au trai­te­ment. Peut-être une aller­gie de contact à autre chose.

Mon nez qui ne coulait plus guère après les prises de corti­sone a recom­mencé, un peu moins grâce à un spray anti-aller­gique. Mes troubles visuels, surtout à type de diffi­cul­tés à lire, avec cette sensa­tion bizarre de l’œil droit et parfois une impres­sion d’avoir du mal à conver­ger pour bien voir en relief, me semblent plus nets. Lorsque l’écri­ture n’est pas assez contras­tée, je craque vite !

Mes diffi­cul­tés de concen­tra­tion (qui me perturbent d’ailleurs bien en ce moment) font que, en plus des diffi­cul­tés visuelles pures, je n’ar­rive pas à lire, sauf peu de pages le soir avant de dormir... Tous les projets dont je pensais pouvoir profi­ter de cette période pour en avan­cer certains sont donc en pause. Lectures sur la région et le protes­tan­tisme qu’il me faudrait faire en vue de complé­ter mon dernier site, tri des photos déjà numé­ri­sées pour en faire des albums...

Ce matin, devant cette insta­bi­lité dont je lui ai parlé, l’in­fir­mier (qui m’injecte un produit pour faire remon­ter les globules blancs) a pris ma tension pour véri­fier que ce n’est pas de l’hy­po­ten­sion ortho­sta­tique, et m’a trouvé 8.5 assis, 9 debout, alors que j’avais 14/8 en fin de chimio, il y a cinq jours. J’ai donc stoppé ce matin le trai­te­ment hypo­ten­seur. Un peu plus tard, allongé et avec mon propre appa­reil, j’étais à 11.5/5.5 mais je n’ai pas refait de contrôle depuis, j’en ferai un demain matin pour voir si je dois reprendre partiel­le­ment ce trai­te­ment ou pas encore.

Mis à part ça, tout va bien !

Le lendemain...

Le lende­main de la première cure, pas celui de mon dernier commen­taire !

Commençons par le jour-même. Le taxi devait venir me cher­cher vers 8h15, il est arrivé à 8 heures, car il fallait prendre au passage un monsieur à amener au centre Marie-Curie où nous sommes arri­vés vers 9h10, puis direc­tion la clinique où nous sommes arri­vés à 9h20. Démarches admi­nis­tra­tives, accès au service de chimio­thé­ra­pie qui n’est plus à l’étage où je l’ai connu il y a deux ans, mais au rez-de chaus­sée. Si j’ai bien compris, le service dispose de chambres indi­vi­duelles, avec lit pour les patients ne pouvant ou voulant pas suppor­ter plusieurs heures au fauteuil, et d’autres compor­tant plusieurs fauteuils de type relaxa­tion, ce que j’ai choisi et où nous étions quatre.

J’ai été accueilli par une infir­mière qui m’avait connu lorsque j’avais été hospi­ta­lisé au service de méde­cine, joux­tant la chimio, il y a deux ans. Elle m’a donc installé dans une salle où se trou­vaient déjà deux dames ainsi qu’un monsieur accom­pa­gné de son épouse, tous trois déjà en cours de perfu­sion. Quelques instants d’at­tente et l’in­fir­mière vient me cher­cher pour me poser la perfu­sion : surprise ! je n’ai pas de Pic-line ni de Port-a-cath ! Il faut donc me trou­ver une veine qui supporte les heures de perfu­sion à venir. Elle me met le garrot au bras gauche, attend un peu, ne trouve rien qui l’ins­pire. Rées­saie avec le garrot plus bas, sous le coude : pas plus de succès. Elle préfère donc faire appel à une de ses collègues, plus habile, paraît-il. Celle-ci, peut-être après que je la lui aie signa­lée, s’in­té­resse à la veine un peu plus visible située au niveau du poignet, au-dessus du pouce, et arrive à placer le petit cathé­ter. Tout va bien, sauf que les mouve­ments du poignet provoquent une petite douleur proba­ble­ment en lien avec le bout du cathé­ter forçant sur la paroi de la veine. Il me faut donc être très atten­tif, faire écla­ter la veine serait une mauvaise chose...

Revenu dans la salle de trai­te­ment, ma perfu­sion de deux poches de prémé­di­ca­tion dont j’ignore en quoi elle consiste a été mise en place. Ayant dû enle­ver ma montre pour lais­ser la veine acces­sible, je n’ai pas véri­fié le temps de cette perfu­sion. Puis le premier produit anti­can­cé­reux (anti­mi­to­tique, dit-on) a été démarré, prévu pour passer en trois heures. De la musique était diffu­sée en continu dans le couloir, une socio-esthé­ti­cienne de la Ligue contre le Cancer massait les mains et avant-bras de ma voisine de gauche, une visi­teuse de la même Ligue discu­tait avec le monsieur. L’une et l’autre sont ensuite venue échan­ger un peu avec moi. Ma voix cassée n’en­ga­geait pas trop au dialogue ! J’avais emporté télé­phone portable et tablette pour écou­ter de la musique, voire lire sur la tablette, un roman et des mots-croi­sés. Je n’ai fina­le­ment fait que des mots-croi­sés, avec une certaine diffi­culté. Y avait-il déjà un effet de fatigue due aux produits ou un séda­tif léger dans la prémé­di­ca­tion ?

Vers midi, le repas a été servi, au monsieur et à une nouvelle malade arri­vée entre­temps, pas à moi qui avais été oublié. J’ai dû me conten­ter de biscuits que j’avais empor­tés.

Le second produit est passé plus vite, mais il a fallu à l’in­fir­mière malaxer les flacons en fin de passage, car ça trai­nait. Fina­le­ment, j’ai été libéré vers 15h15 et la chauf­feure (dit-on ainsi ?) de taxi est arri­vée quelques minutes plus tard. Nous sommes arri­vés un peu plus d’une heure plus tard à la maison. Près de huit heures trente en tout !!!

Le soir, j’ai mangé assez léger, j’ai ensuite failli m’en­dor­mir devant la télé, aban­don­nant à la fin du premier épisode du feuille­ton, pour aller soula­ger une bonne diar­rhée et me coucher ensuite. Je n’ai pas lu bien long­temps, et lorsque mon épouse est venue se coucher, je lui ai fait signe quand elle a passé la porte, mais pas enten­due se mettre au lit, j’avais replongé !

Ce matin, sensa­tion de fatigue, légères douleurs abdo­mi­nales qui se sont ensuite ampli­fiées sans nouvelle diar­rhée, juste des gaz désa­gréables ; un peu vaseux, l’im­pres­sion d’être fiévreux sans l’être vrai­ment. Le petit-déjeu­ner et le repas de midi sont bien passés, mais avec une sensa­tion pénible à la limite de la nausée, quelques rots aussi. J’ai dormi près d’une heure à la sieste, puis ai traîné, comme souvent, pendant un bon moment avant de me déci­der à me lever ! Ce soir, je ne sais si je tien­drai le coup devant la télé. Peut-être vais-je devoir encore abré­ger et aller me coucher tôt...

Demain, une infir­mière vien­dra me faire la première injec­tion d’un produit destiné à s’op­po­ser à la chute des globules blancs. Il faudra éviter l’hé­ma­tome qui est à craindre à cause de l’an­ti­coa­gu­lant.

Si les choses n’em­pirent pas, je me senti­rai heureux !

Faut qu'j'la supporte !

J’ai l’im­pres­sion d’uti­li­ser la méthode Coué ! Mais même si je me mets bien en tête qu’il faut que j’ar­rive à suppor­ter cette chimio, que c’est le seul moyen pour espé­rer une rémis­sion, en conjonc­tion avec la radio­thé­ra­pie à venir, ce sont surtout mes reins, ma moelle osseuse et mon colon qui déci­de­ront.

Oui, j’ai trop les souve­nirs de ces semaines il y a deux ans où j’avais accu­mulé les désa­gré­ments : throm­bose sur le Pic-line, fatigue, septi­cé­mie, colite +++, totale inap­pé­tence m’ayant cloué au lit, à la maison puis en clinique, avant que peu à peu, les effets néfastes s’at­té­nuant, j’ar­rive à recom­men­cer à manger et à reprendre des forces.

Deux ans plus tard, il me reste cette fatigue et fati­ga­bi­lité, ce manque de forces, ces légers étour­dis­se­ments dont je crains toujours qu’ils se concluent par une chute, cette impos­si­bi­lité de mener une vie normale, et cette obli­ga­tion de délé­guer trop de choses, moi qui suis depuis toujours habi­tué à tout gérer moi-même.

En ce moment, j’au­rais tant de choses à faire dans le jardin, mais le temps ne m’en a pas laissé le temps ! Comment trai­ter contre les puce­rons ou la pyrale du buis, contre la cloque des pruniers, lorsque pluies et orages sont jour­na­liers ? En ce moment, le tonnerre roule d’un sommet à l’autre...

Histoire de m’oc­cu­per l’es­prit, l’éva­cua­tion de l’évier s’est rebou­chée hier. Il y a quelques temps, ça s’était déjà produit, mais le remplis­sage d’un des deux bacs avec un arro­soir avait suffi à régler le problème en jouant sur la pres­sion. Oh non, ça ne pouvait pas être simple­ment le siphon comme on le voit dans les spots publi­ci­taires, mais carré­ment le tuyau, au niveau d’un coude proba­ble­ment. Dans un premier temps, après un premier essai inef­fi­cace avec du débou­cheur liquide, il m’a fallu m’as­seoir par terre pour pouvoir utili­ser la tringle souple de débou­chage qui a buté sur le coude ou le bouchon, puis est passée, glis­sant dans sa quasi tota­lité sans point dur. Après un ramo­nage, on pouvait espé­rer la réso­lu­tion du problème. Deux arro­soirs pour faire de la pres­sion. Zut ! Le bouchon n’a fait que se dépla­cer : après l’es­poir car l’eau descen­dait de manière normale, elle s’est mise à ne se vider qu’ex­trê­me­ment lente­ment.
Ce matin, nouvel essai. La tringle bute de nouveau très vite, impos­sible de passer ce qui est proba­ble­ment un coude. J’es­saie d’uti­li­ser le côté souf­fleur de l’as­pi­ra­teur de garage : rien ne semble bloquer, l’as­pi­ra­teur ne souffre pas, mais à peine le siphon remis en place, nous en sommes au même point : bouché. Nous sommes lundi, les seuls maga­sins ouverts, où je pour­rai trou­ver du débou­cheur liquide, sont à 30 kilo­mètres . Pas d’autre solu­tion, il faut que j’y aille, sous la pluie au retour.

Après 3 litres de produit et plus de trois heures d’at­tente, il semble enfin que ce tuyau se soit débou­ché. Espé­rons que c’est vrai­ment le cas et que je n’au­rai pas besoin dans quelques jours de m’as­seoir de nouveau par terre (vous ne m’avez pas vu batailler pour m’en rele­ver !!!) pour tenter une nouvelle opéra­tion de débou­chage. Il faudra appe­ler le plom­bier !

Mais télé­pho­ner, avec ma voix cassée, c’est la galère ! En fin de semaine dernière, j’ai appelé le cabi­net infir­mier pour prévoir les piqûres sous-cuta­nées à faire après la séance de chimio. L’in­fir­mière a mis un moment à me comprendre et à m’iden­ti­fier ! Et ce matin, il a fallu que je rappelle pour préve­nir que ce n’était pas mercredi, mais jeudi que la première injec­tion devait être faite. Là encore, il a fallu du temps avant qu’elle me comprenne.

Bref, cette atteinte de la voix, qui n’a d’abord été qu’é­pi­so­dique, est deve­nue presque perma­nente, compliquant mes rela­tions. Il est dommage que le cancé­ro­logue ne se soit pas arrêté dessus, se conten­tant de dire que le nerf récur­rent était en cause : simple inflam­ma­tion de proxi­mité pouvant régres­ser, ou pris dans la réci­dive qui pour­tant ne paraît pas si proche ? Qu’il est dur d’être méde­cin et de ne pas être pris en charge comme n’im­porte quel malade lambda ! Les confrères semblent consi­dé­rer qu’on sait tout, comme eux savent !

Il me semblait avoir déjà évoqué ici l’idée de consul­ter la psycho­logue spécia­li­sée en onco­lo­gie qui était venue me voir vers la fin de mon séjour en clinique il y a deux ans, en juin. Je l’avais trou­vée très à l’écoute, beau­coup plus que celle venue voir quelques instants plus tôt mon compa­gnon de chambre. Je ne sais pas si ce qui prime­rait dans ce que j’au­rais à lui racon­ter, c’est la peur de l’ave­nir ou cette sensa­tion très désa­gréable qu’on n’est pas, avec le cancé­ro­logue comme avec le méde­cin géné­ra­liste, dans le cadre d’une rela­tion humaine, méde­cin-malade, mais dans le trai­te­ment d’une mala­die, le malade n’exis­tant pas. Est-ce le fait que je sois méde­cin et consi­déré comme sachant, comme je viens de le dire ? Est-ce que les méde­cins ont perdu l’ha­bi­tude de consi­dé­rer le malade comme un ensemble, qui n’a pas qu’un symp­tôme ou une mala­die, mais toute une série de petits ou gros bobos dont chacun peut avoir une influence sur les autres ?

Cette période de déchéance majeure, il y a deux ans, est ce que je crains de retrou­ver, que ce soit à cause de la chimio ou malgré elle. J’ai besoin de le dire. Ces jour­nées où j’étais inca­pable de manger, où je n’ar­ri­vais à me lever que pour aller au fauteuil, pendant que les aides-soignantes refai­saient mon lit, ou aux toilettes en trai­nant le pied à perfu­sion et ses poches d’hy­dra­ta­tion et d’ali­men­ta­tion, ayant à peine le courage de me débar­bouiller... redou­tant les lavages de bouche avec le mélange écœu­rant destiné à limi­ter la mycose, les nausées épui­santes qui les suivaient souvent, ou qui surve­naient simple­ment quelques instants après avoir avalé mes médi­ca­ments avec une gorgée d’eau. J’avais l’im­pres­sion de ne plus rien maîtri­ser, et ce ne devait pas être qu’une impres­sion ! Je lais­sais aller, "advienne que pourra", amorphe, atten­dant qu’un miracle se produise et que les choses s’amé­liorent. Une chance, pas un miracle, le retour à la maison et les bons soins de mon épouse m’ont permis de recom­men­cer à m’ali­men­ter et de reprendre des forces, puis d’ou­blier tempo­rai­re­ment cette période. Mais à chaque approche des examens de contrôle, ces souve­nirs se mani­fes­taient plus ou moins.

Alors oui, il faut que je la supporte, cette chimio, qu’on puisse en faire toutes les séances envi­sa­gées, avant que la rédio­thé­ra­pie la complète afin de mettre de mon côté un maxi­mum de chances de rémis­sion, voire de guéri­son !